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murs qui bordent le chemin deux sque-lettes armés de faux; sur un autre,près d’une taverne, sont des moines,des papes mêmes, le scapulaire aucou, qui brûlent dans les flammes del’enfer ; ceci me rappelle M. Delécluse,qui voit dans ces tableaux la législationnaturelle des peuples. Personne ici,dit-il, n’a l’idée de trouver cela singu-lier. Figurez-vous ces tableaux sur lesmurs de la rue Vivienne... C’est iciun autre monde, d’autres préjugés,d’autres mœurs, par conséquent d’au-tres lois.
Jecontinuai d’un trait jusqu’à Sainte-Marie, ou Capoue l’antique, autrefoiscapitale de la Campanie , lieu funesteà Annibal, où m’attendaient tant desouvenirs : j’avais une lettre pour D.Clémente Marotta , sans doute l’un desdeseendans d’un des membres de cesénat qui tint tête à Rome , et si long-temps balança les destins de cette villeorgueilleuse. Plein des souvenirs deces contrées , mon imagination se per-dant dans le vague, les six milles quime restaient encore à parcourir se fi-rent sans que je m’en aperçusse ; je mevoyais dans cette Capoue , ville auxsept portes , fondée par les Etrusquescinquante ans avant Rome , conquiseparles Samnites , puis subjuguée parles Romains , et si cruellement puniepar le massacre de ses sénateurs, etl’esclavage de ses citoyens vendus à l’en-can pour avoir épousé la cause d’An-nibal, relevée enfin par César, et miseap rang des colonies , mais qui ne re-couvra son éclat que sous Auguste. Ci-céron vantait à Atticus son école degladiateurs , où, l’on entretenait quatremille élèves. Cette ville était célèbrepar son luxe, la mollesse de ses habi-tans et la beauté de ses femmes. Autre-fois elle était divisée en deux quartiers,Steplasia et Jtlbana. Le premier pa-
rait avoir tiré son nom de la quantitéde parfums qu’on y vendait. Ses rosesétaient renommées à l'égal de celles dePestum . Je m’égarais dans ce bazaroriental, je savourais ces parfums, lors-que bien réellement mon odorat, meréveillant de mon extase, me rappelaau sentiment de la réalité. O vicissi-tude ! une odeur infecte s’échappait dechacun de ces cloaques qu’on nommehabitation, des rues sales et tortueuses,des cuirs de bœuf cloués aux murs dechaque maison, voilà ce que j’avaissous les yeux, dans une ville de tan-neurs !
Don Clemente est avocat, ce qui àNaples , où beaucoup de personnessont dans le barreau, s’appelle êtredélia professione . D. Paolo m’avaitprévenu que je trouverais chez son amigîte, souper, avec invitation de séjour-ner in casa del servitore mio , aussilong-temps qu’il me plairait. L’offrefaite avec cordialité, acceptée de même,me voilà instalé, prenant part au sou-per de famille, et accablé de questionssur tous les sujets, hors la politique,car, dans ce royaume, on n’en parlejamais , laissant le soin de régir l’étatà ceux que leur position lance danscelte carrière. Loin d’eux la prétentionde s’ériger en censeurs du souverain,et surtout de troubler leur repos à cesujet.
D. Clemente me félicite d’arriver laveille d’une course ou chasse au buffle,dont la place devait être le théâtre , etque je verrais de ses fenêtres. Je savaisqu’à cette époque de l’année ces cour-ses, faibles parodies de celles de tau-reaux qui ont lieu en Espagne , se fonttour à tour dans chaque village.
A deux heures après midi, la fouleobstruait la place où étaient dressésdes tréteaux adossés aux maisons. Lesbalcons étaient pavoisés et garnis de