Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
193
JPEG-Download
 

CAPOUE, MON

des fèves. Nous engraissons alors nosterres, parce que cette plante doit nour-rir notre famille; aussi cette culturenous intéresse plus que toutes les au-tres, et le jour de cette récolte est unjour de fête dans nos campagnes. Tousles villageois y vont ensemble, les jeu-nes filles en dansant, et nous autresplus len tement, parce que nous sommeschargés de nos outils. Arrivés près denos domaines , chaque famille va dansle sien ; mais ils sont si près les unsdes autres, que nous pouvons nousentendre et nous répondre.

» Nous cueillons souvent jusqu’àsept épis sur la même tige et plusieursont trois palmes de long. Lorsque lesoleil s’est levé, le père de famille vachercher des melons dans le champvoisin, pendant que les enfans cueil-lent des fruits sur les figuiers d’alen-tour. On rapporte ces fruits sous unormeau, autour duquel tout le ménagevient s’asseoir, puis le travail recom-mence après ce repas et ne cesse qu’àla fin du jour. Alors chaque famille vavisiter ses voisins, et se raconte lesrichesses que lui a values la saison.

» A peine avons-nous récolté le maïs,que nous retournons la terre pour ysemer de nouveau du blé. Après cetteseconde récolte, nous ne cultivons plusdans nos champs que des légumes dediverses espèces. Nos terres produisentainsi du vin et des fruits, des grains etdes légumes, des feuilles et de l’herbepour nos bestiaux. Nous ne nous plai-gnons pas de leur fertilité; mais nosconditions sont dures, on nous laissebien peu de chose pour nos peines , etsi l’année n’est pas propice, le métayerest bien à plaindre ».

Qui croirait qu’avec la fertilité deson sol, Naples pût éprouver les hor-reurs de la famine; c’est pourtant cequi arriva en 1764. Des spéculateursN.

T-CASSIN, etc. i 9 3

agiotèrent sur les blés ; le maïs, quifait la nourriture principale despaysans, manqua, et le peuple futréduit à se nourrir de l’herbe des prai-ries. Cette famine fut si terrible , queles hommes périssaient de misère etde faim , et les maladies épidémiquesvinrent augmenter ces horreurs.

Me voici à Aversa , fondée en io 33par les Normands , et capitale de cesaventuriers. Je voulus en la traversantjeter un coup d’œil sur sa citadelle ,peu élevée, et ressemblant plus à unpalais de roi qu’à une forteresse.Aussi la cour l’habita plus d’une fois,et c’est dans son enceinte que l’infor-tuné André de Hongrie, mari de Jean-ne I ère ., reine alors, âgée de dix-huitans, fut étranglé et jetéjiarlafènêtre(i).Dans la ville, je visitai l’hôpital desfous , transporté de Naples à Aversa par Murat, qui lui allècta l’édifice dela Madeleine , grand et élégant monas-tère, avec un jardin et une jolie église,et qui peut contenir cinq cents aliénés.Mon guide me montra aussi le bâtimentoù madame Murat avait établi unesuccursale de sa maison d’éducationdes Miracoli.

Au sortir d'Aversa , je vis sur les

(1) Elle eut pour son premier mary Andreasse,son cousin en premier degré, et après avoirtenu le royaume ensemble, elle s’en fasclia • etétant tous deux dans la ville d’Aversa , elle l'en-voya quérir une nuit sous couleur de lui vou-loir parler d'all'aires nouvellement advenuës, eten allant à elle se rencontrant sous un poteau quiétait là, fut pris et étranglé par la volonté etcharge de la reyne audit poteau.

.Et se conte encore à Naples et ail-leurs que ladite dame faisant un cordon d’or unjour assez gros, Andreasse lui demandait pour-quoy elle faisait ce cordon, elle lui répondit ensouriant quelle le faisait pour le pendre- elleen tenait si peu de compte qu'elle ne craignaitrien de luy tenir telles paroles ausquelles An-dreasse, comme simple et bonhomme qu'il étaitn’y prit point garde.

(Brantôme, Dames illustres.)

23