CAPOUE, MON
curieux ; la population affluait des vil-lages environnans : tout à coup des crisde joie, des liurras s’élèvent de toutesparts, on bat des mains ; un flux et refluxa lieu, et cette place si encombrée, sipleine, présente en un instant un videimmense: un buffle, animal hideux,au cuir noir, aux cornes recourbées ,est en liberté au milieu de l’enceinte !en un clin d’œil les tréteaux envahisploient sous le faix, hommes, femmeset enfans forment un mur compact lelong des murailles. Le buffle promènedes regards étonnés sur les différensgroupes ; puis, excité par les cris, lesaboiemens des chiens et par des hom-mes armés de lances, il galope dansce cercle où la multitude le tient en-fermé. L’agitation se communique àcette foule, les spectateurs sont forcésde prendre part à l’action ; tour àtour on les voit assaillir le buffle oufuir devant lui jusqu’à ce que, aprèsdeux ou trois heures écoulées dans cetexercice, on donne le signal de sa mort,et l’on commence à lui faire des bles-sures qui bientôt le mettent hors decombat. Alors la tourbe de se ruer etd’envahir de nouveau l’enceinte, chacuntient à honneur de contempler l’en-nemi vaincu.
Malgré cette confusion, il est rareque l’on cite des accidens ; cependantje n’éprouvai aucun désir de descendredans l’arène. D. Clemente me donnades détails sur le sort de cet animal,dont la chair serait immangeable sanscet exercice forcé, nécessaire pour lamacérer.
Le jour suivant il m’accompagne àl’amphithéâtre, hors de la ville (PI.75 ).
De tous les monumens de ce genre,c’est celui qui approche le plus du co-lysée de Home par son périmètre dedeux cent cinquante toises et sa liau-
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teur de vingt. Si une partie de ses mu-railles est encore debout, on le doità leur solidité, car l’on n’a rien faitpour les mettre à l’abri de la dégrada-tion ; loin de là, dans les premiers âges,il fut converti en forteresse, et les ca-vernes de bêtes féroces servirent dechambres aux officiers. Ses murs sontd’immenses blocs de pierres traverli-nes, posés les uns sur les autres sansciment, et simplement attachés pardes crampons de fer ou de bronze.Quatre portes principales y donnaientaccès, et l’on porte à soixante le nom-bre de scs vomitoires. Aujourd’hui ou-vert de toutes parts, l’herbe croît dansson enceinte, et le pâtre y conduit sestrou peaux.
Ici, comme à Cumes et à Rome, le solétait recouvert de décombres, et l’édi-fice enterré jusqu’à la première galerie.Francesco 1°. ordonna un déblai exté-rieur qui découvrit la base des colon-nes et des corridors. Tout autour rè-gne une galerie où l’on voit des bancsen marbre, sur lesquels probablements’asseyaient les gladiateurs. C’est àCapoue que ces spectacles avaient prisnaissance.
Toute la partie qui formait les gra-dins pour les spectateurs subsiste en-core ; c’est un talus peu incliné, quiparaît n’avoir jamais été recouvert enpierre. Sa surface est revêtue d’un en-duit très-lisse, parfaitement conservé,ce qui a fait conjecturer que les spec-tateurs devaient avoir été assis sur desgradins en bois. Une inscription dansle milieu est antique, les extrémités enont été devinées et rétablies; aujour-d’hui incrustée dans les murs del’hôtel-de-ville, elle indique que la colonie Ju-lia, envoyée par César à Capoue, lit con-struire ce monument, et qu’Adrien lefit restaurer ; sur un des piliers de cemême hôtel-de-ville est un bas-relief