CAPOUE, MONT-CASSTN, etc. 197
mantes se précipitent dans un vastebassin de marbre blanc, où sont deuxgroupes, l’un de Diane au bain , en-tourée de ses nymphes, l’autre repré-sentant la métamorphose d’Actéon .Ces groupes sont placés au milieu dedeux petites îles que renferme ce vastebassin. A la suite, le long de la grandeallée, sont des fontaines, des casca-des, des nappes d’eau de distance endistance ; des grottes, des galeries , depetits temples rustiques, où Neptune,environné de sa cour , jouit de sonempire. Toutes ces différentes scènesd’eau forment une petite rivière quisurprend dans ce vaste jardin. Le plusjoli, le plus frais eL le plus orné desjardins paysagers est contigu au parc,et il est à regretter qu’on l’ait plantési loin du palais, car on a oublié,ce qui était si essentiel sous untel climat, des allées ombragées ; ilfaut traverser une zone torride poursortir du palais et trouver l’ombre.L’on me montra aussi sous un massifd’arbres séculaires un charmant petitchâteau-fort, entouré d’un fossé etdéfendu par un pont-levis et des meur-trières. Sur une partie élevée est uneguérite en chaume. Le tout dans desproportions si mignonnes, que je nepus résister à l’idée qu’il eût été con-struit par une femme. Ce qui ajouteencore au charme, c’est que madameMurat, venant souvent à Caserte qu’elle affectionnait, s’amusait à serenfermer avec ses dames dans ce fort;plaçant des sentinelles dans les gué-rites, et levant le pont-levis, elle sou-tenait un siège en règle contre le roiet les seigneurs de la cour, qui quel-quefois avaient beaucoup de peine àobtenir la victoire.
Je mis une journée à tout parcourir,donnant partout la buona mano « lepour boire. »
« Lorsque l’on donne la rétribu-tion d’usage, dit M. Delécluse, quelleque soit la somme, elle est reçueavec une joie sincère et qui s’exprimeordinairement d’une manière non équi-voque. Je suis tout-à-fait à l’aise enremplissant cette formalité, parce qu’onreçoit l’offrande sans honte, ce qui lafait donner avec plaisir. Il y a danscet usage une bonhomie, une absencede vanité qui me donne une idée favo-rable de ceux qui s’y soumettent. EnFrance , on a souvent l’occasion d’offrirde semblables récompenses ; mais on secache pour la donner, on baisse lesyeux en la recevant , et au fait lesdeux contractans sont en défaut. Ici legardien a le droit de recevoir, on luidonne ouvertement; il vous remercieavec franchise ; et l’on se quitte satis-fait l’un de l’autre. »
Gâté par le séjour bruyant de Na-ples , je trouvai triste la ville deCaserte . D’un côté une vaste plaineque rien ne borne, et où les objets seperdent dans l’espace, de l’autre desmontagnes incultes. Charles III, vou-lant faire de Caserte le séjour de sacour, avait fait tracer le plan d’uneroute tirée au cordeau jusqu’à Na-ples , sur une largeur proportionnée.Mais qui exécutera ce projet gran-diose? qui fera cette route gigantesquepercée seulement l’espace d’un milleet demi ?
Attenant à Caserte , et sur la gauche,est le site royal de Santo-Leucio, oùFerdinand I er . établit en 178g unemanufacture de soieries. Un petit casinnon encore terminé, situé dans une po-sition très-salubre, était la demeurefavorite de ce roi, qui y fonda une co-lonie , en la dotant de lois particu-lières. Ce monarque, en bon père defamille , se plaisait à se promener aumilieu de cette colonie, dont les habi-