CAPOUE, MONT-CASSIN, m.
lasallcdes moines, tout l’édifice, en unmot, qui est fort petit, est très-pro-prement tenu, au milieu d’une forêtde chênes et de châtaigniers.
Chemin faisant , mon compagnonme proposa une course au lac Matèse,sur une des plus hautes montagnes, etoù l’on jouit de la vue de vingt-deuxvilles; mais les deux jours qu’il m’eûtfallu pour y monter m’effrayèrent, etj’en fus d’autant moins tenté que laroute n’est pas sûre.
Quelques jours avant, un malheu-reux jeune homme avait été assassiné.Parti seul de Piedimonte pour se ren-dre dans un pays voisin ; à une lieuede la ville il avait été pris par des bri-gands, qui sur-le-champ avaient envoyéun message aux parens pour les avertirde leur capture, et du prix qu’ils met-taient à sa rançon, avec menace dedonner la mort à leur prisonnier si lasomme n’était déposée à jour et àheure fixes dans un lieu indiqué. Lesmalheureux parens n’avaient rien àdonner, ils reçurent le corps de leur fils.
De prime-abord il semble que rienne dût être plus aisé que de faire ces-ser ce fléau, en détruisant ces bandes,ou comitives ; mais tous les jours l’ex-périence prouve le contraire. L’hommedéterminé, qui pour l’ordinaire enest le chef, connaît les localités ; il asoin d’entretenir des relations d’amitiéet de terreur avec les habitans. Lesmesures que prend l’autorité sont tou-jours déjouées par les intelligencesqu’il sait se ménager. Rarement a-t-onpu faire la capture d’un chef, et si ellea lieu, le hasard seul en est la cause,ou une vengeance particulière ; ceshommes, qui se battent pour de l’ar-gent, n’ont jamais trahi leur chef,quelle que soit la somme promise poursa tête. Il règne chez eux une sorted’honneur.
N.
Quelquefois, et ce n’est pas rare,un homme, après avoir tenu la campa-gne, c’est leur expression, pendantquelque temps, est revenu dans sonvillage jouir en paix du bien qu’il aamassé et y vivre aimé, mais surtoutredouté de ses voisins, qui disent enparlant de lui : « Che volete , em po-veretto , » que voulez-vous, il étaitpauvre.
Souvent un chef a sû se rendre siformidable, que le gouvernement n’avu d’autre moyen de le réduire quel’amnistie et l’incorporation de sabande dans l’armée régulière. C’estainsi que Joseph Napoléon en usa à l’é-gard de deux comitives, dont les chefslui demeurèrent fidèles. Qui n’a pas en-tendu parler des J^ardarelli , troupedont le courage était digne d’une meil-leure cause, qui, après s’être long-tempsdéfendus en bataille rangée contre lestroupes royales, finirent par y être in-corporés , et dont la mort malheureuseafait oublier les fautes -.je ne sache pasleur avoir entendu reprocher la moindrecruauté.
Dans le séjour que je fis à Piedi-monte, j’eus le loisir d’admirer la beautédes dents des habitans ; j’attribuai cetavantage à la qualité des eaux ; leurcomparaison avec celles des Napoli-tains est loin d’être à l’avantage deces derniers. Je remarquai aussi leurlangage de toute pureté. Les moindreschoses sont exprimées même par lespaysans avec grâce, j’ajouterai avecpoésie.
Je dînais chez le duc, ministre à Na-ples du temps des Français ; et, choseà laquelle j’étais loin de m’attendre,j’eus l’occasion d’assister au spectacle.Au temps de la féodalité, lorsque desacteurs venaient .à Piedimonte, le ducfournissait à leurs frais, et les repré-sentations étaient gratuites; aujour-