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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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L’ITALIE .

carnage, dont les ossemens semblentencore se dresser pour accuser les deuxambitions les plus funestes à l’huma-nité dans l’ancien âge : l’ambition deRome et celle de sa rivale, et saluonsen passant, pleins d’amour et de res-pect , les restes du palais de cette opu-lente Apulienne qui reçut et sauva sigénéreusement ce que comptaient deplus illustre les débris de l’arméeromaine. Basa ,femme sublime et cou-rageuselton nom, que nous a transmisTite-Live , fut digne des honneurs queRome reconnaissante te rendit lors-qu’elle vit rentrer, grâces à toi, dansses murs une foule de jeunes hommes,enfans de ses plus dignes patriciensauxquels tu prodiguas tout, trésors,vêtemens, et surtout ta bienfaisante ettouchante pitié.

Après Cannes , Yenosa , autrefoisYenusium, se montre à nos regards.Là, respira l’auteur de Y Art poétique ,le chantre de la philosophie et desgrâces ; c’est là que fut son berceau,d’où semblent s’exhaler encore les vers,doux interprètes de son âme. Les Grecseux-mêmes n’eurent pas de poète plussuave, plus pénétrant; il s’élève dansl’ode aux immenses hauteurs de Pin-dare, tandis que dans ses épîtres ildescend au langage le plus facile et leplus intime.

Barletta va nous consoler des champsde Cannes . Cette ville, où l’on entreau retour de notre excursion, est sanscontredit une des mieux bâties duroyaume de Naples . Larges, bien pa-vées, ses rues répondent aux pa-lais et aux églises qui les déco-rent , tout annonce l’aisance , si cen’est l’opulence dans ses habitans ;son architecture est de la renaissance ;elle dut cette splendeur aux princesde la maison d’Arragon, successeursdes princes angevins, et aux domina-

teurs normands. L’intrépide Main-froy y tint les états généraux de sonroyaume pour s’arracher à la détressedans laquelle il était ; mais ses effortsfurent sans fruit. Le seul monumentremarquable de Barletta est la statuecolossale en bronze que l’on voit ados-sée à l’un de ses palais ( PL 79 ), et queles uns disent être Rachis , un des roislombards qui opprimèrent l’Italie aulieu de la faire fleurir, mais qui estbien reconnue pour être un Héraclius.Aussi mal dessinée que mal posée,cette statue est ignoble et sans grâce,et la croix qu’elle tient dans les mainset qu’elle semble montrer au peuplede l’antique Bardulum, assemblé au-tour d’elle, loin de lui imprimer de lagrandeur, ajoute encore à son manquede dignité.

Trani , distante seulement de sixmilles de Barletta , fut, dit-on, bâtieparTirennius, fils de Diomède ;agran-die et ornée par Trajan , qui lui donnale nom de Trajanapolis , elle rivaliseavec Barletta d’élégance dans la con-struction de ses maisons et de ses pla-ces publiques. Le commerce considé-rable quelle fait en blé, ainsi qu’ensel, est la source de son aisance. Sacathédrale est un gothique-saxon, etdate au moins de six siècles ; elle s’é-lève au delà de son port exigu et depeu d’utilité. Quant à son château,dramatiquement célèbre, on le citesurtout par le supplice qu’osa y faireendurer, au fils du doge de Venise ,Tiépolo , Frédéric II , qui le fit pen-dre à la vue même des galères de larépublique !

C’est encore à Trani qu’eut lieu legrand duel de douze Français de l’ar-mée du duc de Nemours , et de douzeEspagnols de celle de Gonsalve deCordoue, dont il ne resta que six Es-pagnols et quatre Français .