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de la nécessité ; et bientôt, plaçant la gourdesous son bras, Catherine, de ses mains vir-ginales , forme une espèce de vase, où lachèvre attentive s’empresse d’étancher sasoif. Un morceau de pain bis , partagé entreelle et la chèvre, est le second tribu queCatherine paye à la pitié : tous deux aurontleur récompense. Une fois le repas fini , lachèvre se remet en route , et sa jeune amiesuit ses pas, comme ceux d’un guide pro-tecteur. Toutes deux, parmi les ruines dela nature, errent long-temps , sans but dé-terminé. Gravissant les rocs les plus escar-pés , se frayant un passage dans les voies lesplus difficiles, la chèvre reconnaissante ra-lentit sa marche et s’arrête comme pourattendre sa compagne ; et quand celle-ci s’at-tarde , l’animal, par des bêlemens prolon-gés, semble vouloir lui dire, et lui dit eneffet, le point vers lequel elle doit tendre,et le chemin qu’il lui faut suivre. Enfin ,toutes deux se trouvent au milieu des rui-nes, ou plutôt, sur le soi bouleversé et nude la ville qui a cessé d’être.
» La petite ville de Scîdo fut égalementdétruite, et devint aussi le théâtre desplus affreux événemens.
» Menacés de la chute de leur maisonvacillante, Don Antoine Rùffo et sa femmes’oublient eux-mêmes pour ne songer qu’àleur enfant, jeune fille en bas âge; ils seprécipitent vers son berceau, la pressentcontre leur sein et s’apprêtent à fuir avecelle, la maison près d'écrouler sur eux. Autravers d’une foule de décombres, ils ga-gnent le seuil de la porte ; et, au momentmême oiî ils passent, la porte tombe et lesécrase. Dans toute autre circonstance sansdoute le sort de ces deux victimes de l’a-mour paternel, comme celui de leur enfant,eût excité long-temps l’intérêt général ; maisdes maux sans mesure sont bien souvents#ns pleurs ; et, trop longuement excitée,la pitié devient insensible. Ce ne fut doncque quelques jours après, qu’en fouillantparmi ces décombres, pour inhumer lestrois cadavres, on reconnut que l’enfantseul n’était pas mort. Ce ne fut qu’avecpeine qu’on l'arracha d’entre les bras desauteurs de ses jours, qui, tout morts qu’ils
étaient eux-mêmes, semblaient vouloir leretenir encore. Cette jeune fille devintépouse et mère ; elle vit sans doute au mo-ment où j’écris.
» Au centre d’un petit canton nommé laConturêlla , non loin du village Saint-Pro-cope, s’élevait une vieille tour fermée d’ungrillage en bois. Toute la partie supérieurede la tour tomba d’aplomb sur le terrain ;mais quant aux fondemens , d’abord soule-vés , puis enfin renversés sur eux-mêmes, ilsfurent jetés à cinquante pieds au delà. La■ porte fut tomber à une grande distance ; et,ce qu’il y a de plus remarquable, c’est queles gonds sur lesquels elle tournait, les clousqui réunissaient les poutres et les planches ,furent parsemés çà et là sur le terrain,comme 's’ils eussent été arrachés avec defortes tenailles. Je laisse aux physiciens àexpliquer ce phénomène.
» Une autre ville, Seminâra , fut un exem-ple bien frappant de l’insuffisance de toutesles précautions de l’homme contre la forcedes élémens, qu’il croit dompter et qui ledomptent. Toutes les maisons de cette ville,l’une des plus belles et des plus opulentesdes deux Calabres , toutes ces maisons , dis-je , étaient construites en bois ; les muraillesintérieures étaient des joncs fortement réu-nis , et recouverts d’une couche de masticou de plâtre. Sans rien ôter à l’élégance,cette espèce de construction n’avait qu’unesolidité suffisante à la sûreté des liabitans ;il semblait devoir être le moyen le plus pro-pre à les garantir des périls du tremblementde terre, parce qu’il n’opposait aux oscilla-tions du sol que la force strictement néces-saire pour résister en cédant. Inutile calculde l’homme contre un pouvoir incalculable !La terre s’agita , et Seminâra ne fut plus.On eût dit même que la nature se plut àvarier ici ses horribles jeux : la partie mon-tueuse devint une vallée profonde ; et lequartier le plus bas forma une haute mon-tagne au milieu des murs de la ville !
» A la porte d’une des maisons de cetteville était placée une meule de moulin , aucentre de cette meule le hasard avait faitcroître un énorme oranger. Les maîtres de. la maison avaient coutume devenir s’asseoir
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