champ de laves raboteuses, où cepen-dant les mulets posent un pied fermeet assuré. A l’issue de ces laves, ontrouve les bois d’abord clairs et élevés,et qui bientôt après présentent l’as-pect d’un parc de haute futaie, le plusbeau qu’il soit possible de voir. Nousjouîmes sous ce couvert de toute lafraîcheur du printemps. Les roses, laviolette, l’aube-épine même, étaientà la seconde, ou peut-être à la troi-sième floraison. Un affreux torrent delave nous força de quitter ce séjour dé-licieux , où l’on croit entendre encoreles chants et les combats de flûte desbergers de Tliéocrite, où peut-êtreEmpédocle venait chercher sous l’om-brage un repos à ses longues observa-tions. Cette seconde lave offre plus dedifficultés que la première ; mais grâceà l’adresse de notre guide, ou plutôtde ses mulets, nous la traversâmessans encombre. Les bois de l’Etna sontcomposés de quatre espèces de chênes :le blanc, le vert,, le nain et le liège, dechâtaigniers et de frênes : on y voitaussi quelques hêtres. Le changementde température est très-sensible à l’en-trée de la région découverte, scoperta ,qui succède au bois. Il semble, en par-courant ces zones, traverser trois sai-sons, l’été, le printemps et l’hiver,tant la température varie. A notre ar-rivéeàla maison de la neige, casa délianeve, à sept milles de Nicolosi , lethermomètre avait baissé de dix degrésdepuis Catane . C’est là qu’il fallutpasser une partie de la nuit. Nous dis-posâmes gaiementnotrebivouac, fîmesdu feu , du thé, que nous relevâmes dequelques verres de rhum, et bien en-veloppés de nos manteaux et de noscabans dont nous avions bonne pro-vision , nous essayâmes de dormir ,mais en vain. Le volcan qui grondait,l’idée du spectacle dont nous allionsN.
jouir, fermentait trop dans notre âmepour nous permettre de fermer l’œil.A minuit, le guide nous avertit denous remettre en route. Pour nouspréparer, nous fîmes un léger repas ,et bien nous en prit, car je ne sais si,sans cette précaution, il eût été pos-sible de supporter la fatigue et le froiddont nous lûmes saisis. Le ciel se pré-sentait dans tout le sublime de cesbelles nuits d’Orient, étendant sa voûtede velours bleu, immense , parseméede milliers d’étoiles, brillant commeautant à’escarboucles. L’absence mêmede la lune contribuait à la majesté so-lennelle de ce tableau. Bientôt on laisseles derniers confins de la région boi-sée. Nous passâmes devant la grottedes chèvres « grotta delle câpre » sansnous arrêter. Peu à peu le chemin de-vint plus rapide, et le vent, se faisantsentir davantage, nous força de repren-dre nos manteaux que nous avionsquittés. C’est de la région décou-verte seulement , que l’on peut em-brasser ce cratère gigantesque danstoute son étendue. Jusque-là les mon-ticules , les volcans secondaires répan-dus sur les flancs de la montagne, lesbois, s’y opposent. Enfin, après avoirtraversé un assez grand espace de neigenouvellement tombée, nous arrivâmes àla maison des Anglais , casa degl’Inglesi ,que les gens du pays, d’autres disentdes voyageurs à demi transis , ont dé-vastée pour se chauffer. Il faut deuxheures et demie pour parcourir lessept milles qui séparent ce refuge dela maison de la neige. Nous nous chauf-fâmes , prîmes du grog , et attendîmestrois heures du matin pour achevernotre ascension. Le trajet le plus pé-nible est sans contredit celui qui sé-pare la maison des Anglais de la basedu cône principal : il faut le faire àpied sur un amas de laves angulaires