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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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L’ITALIE .

dont les arêtes causent les plus vivesdouleurs; mais une fois au pied ducratère, la montée, quoique rapide,est beaucoup moins pénible; et si lesol mouvant ne permet pas de poserle pied,'on en est quitte pour fairedeux ou trois fois le chemin. Je nepus m’empêclier de comparer mon com-pagnon de voyage qui me précédait,à ces écureuils enfermés dans des cagescylindriques, qui courent toujours sanschanger de place.

J'étais tourmenté de la crainte quele jour ne parût avant notre arrivée ausommet; heureusement il n’en fut pasainsi, nous gagnâmes la cime, un bonquart d’heure avant le lever du soleil,et je pus jouir de ce spectacle uniquedans tout son grandiose. On n’attendrapas de moi que je le retrace. Je ne pensepas même que l’écrivain le plus élo-quent tente avec succès de le peindre,que l’imagination la plus riche puisseen approcher. Les étoiles du côté del’orient disparaissaient dans la lueurblanchâtre qui précède l’aurore. Lesmontagnes delà Calabre sedécoupaientsur le ciel en teintes vigoureuses. Luci-fer, messager de lumière, brillait deses feux chatoyans. A l’occident il fai-sait nuit encore. Malgré la grandeurdu phénomène qui grondait à mespiqds, avides de saisir toutes les pha-ses de la création nouvelle se dévelop-pant à mes yeux, mes regards ne pou-vaient se détacher du ciel. Quelqueslégers nuages bordaient l’horizon , ets’y balançaient comme un voile étendusur ce pompeux mystère; mais bientôt,à travers un océan d’opale , de pourpreet d’or, s’élance avec majesté l’astre quirépand sur le monde la lumière et lavie. Frappés d’extase, nous restionsimmobiles , quand le guide nous aver-tit de porter nos regards au couchant.Alors toute la Sicile apparut à nos

pieds sous la forme d’un mont gigan-tesque dontl’Etna était le sommet. Dece point, l’Erix,le Dinnamar, le Rosso ;les montagnes les plus élevées, sem-blaient autant de collines. Nous voyonsla lumière en éclairer d’abord les cimes,puis s’étendre par gradation sur lesflancs et s’épandre en torrent jusqu’aufond des vallées. Au nord, l’archipeléolien couronnait la Sicile de ses ro-chers de turquoise : à nos pieds, lesvertes campagnes de file, coupées deslleuves qui la parcourent en longs filetsd’argent et la fertilisent, couvertes deriches troupeaux, et la mer dont lesflots d’azur caressent avec amour lesheureux bords qu’elle encadre. Auloin, Malte , comme un point noir surles confins d’un horizon de trois centslieues. Quelle majesté ! quelle gran-deur ! quelle scène imposante ! Mesgenoux fléchissaient sous moi, j’ado-rais l’Eternel. Qu’il vienne ici, l’athée,etr son orgueil s’abaissera devant cesmerveilles, etsoncceur, sinon seslèvres,confessera le Créateur. Ah ! que je com-pris mieux le guèbre adorant le soleil ;celui-la du moins a des yeux !

On jouit sur l’Etna d’un effet d’op-tique surprenant, et que la positionisolée de ce colosse des volcans peutseul produire : je veux parler de l’im-mense pyramide d’ombre de la monta-gne. Tandis que toute la Sicile estdans la lumière, cette ombre, qui seprojetteàplus decent milles dans la di-rection d’Agrigente , tient dans la de-mi-teinte un quart du tableau, et formeun contraste frappant avec les partieséclairées ; puis, s’accourcissant graduel-lement à mesure que l’astre s’élève, ellefinit par disparaître.

Notreattention se porta ensuite surlecratère. Il se présente ici sous l’aspectd’un gouffre de deux mille toises de tour,le double du Champ-de-Mars à Paris .