Il est circonscrit par des bords escar-pés que les commotions des volcans ontbizarrement découpés ; son plan irré-gulier s’abaisse vers l’orient. A l’oppo-sile s’élève un cône que l’on ne peutapercevoir que du sommet : c’est de làque surgit la colonne de fumée qui seperd dans l’espace. Un torrent de laves’échappait des flancs de ce nouveaucratère et se précipitait dans le grand,d’où s’élevaient de moment en mo-ment des bouffées de vapeurs sulfu-reuses qui nous empêchaient d’aperce-voir le fond du gouffre. Les parois sontrecouvertes de matières scorifiées, desoufre et d’alun pur. De distance endistance on aperçoit pendant l’obscu-rité sortir d’entre les crevasses des flam-mes bleues qui colorent les laves noirâ-tres d’une teinte infernale. Tous nosefforts pour descendre dans le cratèrefurent inutiles. Nous fîmes jeter leshauts cris à notre guide quand nous luien parlâmes. Un Anglais qui, l’avaittenté peu de temps avant nous, avaitfailli éprouver le sort du philosophed’Agrigente . Il était six heures quandnous pensâmes au départ. Le froid, lesvapeurs qui nous asphyxiaient, le ventsurtout dont l’impétuosité menaçaitsans cesse de nous précipiter, nouscontraignirent de quitter la place- Nousne songeâmes même pas à dessiner:l’impossibilité était absolue. Quinzeminutes suffirent pour nous rendreà la tour du Philosophe. On ap-pelle ainsi un reste de fabrique anti-que qui se trouve au bas du grand cône.Les savantes recherches des archéolo-gues sont venues échouer sur ces rui-nes informes. Les uns y ont vu unobservatoire d’Empédocle ou de l’em-pereur Adrien, d’autres un temple àCérès, d’autres enfin une constructiondu moyen-âge, servant de tour de guetaux Normands pour veiller à la sûreté
del’îîe. Cette supposition est la moinsprobable, puisque de cet endroit on nepeut découvrir tout au plus que ladixième partie de la Sicile ; encore faut-il que les nuages ne s’y opposent pas,ce qui arrive assez souvent ici. Nousachevâmes nos provisions dans la mai-son des Anglais , et ayant repris nosmontures presquemortes de froid, nousregagnâmes le bourg de Nicolosi , aprèsavoir fait une courte visite à la grottedes Chèvres, cavité que les eaux ontcreusée dans les boursouflures des lavesqui entrecoupent la reggionenemorosa.Ce site est agreste, les arbres qui ycroissent, grêles et rabougris, sont enpartie couverts des noms des vbyageursqui entreprennent l’ascen sion de l’Etna ;on y jouit d’un beau coup d’œil. Nousne nous arrêtâmes à Nicolosi que pourreprendre les mulets que nous y avionslaissés et nous rafraîchir, et à sixheures du soir nous dînions à Calane àla Corona-d’Oro. chez le brave sienor
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Abbate, dont les instructions nousavaient été fort utiles pour notre voyageà l’Etna .
Le peu d’intérêt que me promet-tait la route par terre de Catane àSyracuse , et la crainte du mauvaisair répandu presque toujours dans lesplaines basses et marécageuses qu’ilfallait traverser, me firent préférer levoyage par mer. Je louai donc unespe-ronara,qui mit à la voile le lendemainde ma descente de l’Etna . Nous lonaeâ-mes des îles plates et monotones jus-qu’à Augusta, à sept lieues de Catane .Nous y dînâmes et j’allai en toute hâteparcourir la ville. Je n’y vis rien deremarquable les marins m’attendaientpour quitter le port aussi impatientésquemoi d’arriver. Je profiLai des loisirsde la traversée pour recueillir les sou-venirs que l’hisloire nous a conservéssur l’ancienne capitale de la Sicile .