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recommanda à Nicias de retourner àAthènes ; mais la honte, l’obstination,et peut-être la crainte du ressenti-ment des Athéniens prévalurent assezpour l’empêcher de suivre cet avis.De jour en jour Syracuse raffermissaitsa puissance par ses succès et les ren-forts considérables que lui fournissaientses alliés, tandis que le fléau conti-nuait à étendre ses ravages dans lecamp ennemi qui devint bientôt unvaste champ de deuil et de désespoir.Enfin les Grecs, complètement décou-ragés , se précipitaient en foule surleurs vaisseaux : Nicias , forcé de céderà la nécessité, ordonna la retraite. LesSyracusains, instruits de cette déter-mination , cherchent à s’opposer à l’ac-complissement de son dessein et le har-cellent à la fois par terre et par mer.Dès la première bataille, Eurymédonsuccomba , et sept de ses vaisseaux fu-rent coulés à fond dans le grand port.La seconde compléta la ruine desGrecs et la destruction de leur flotte.
Pour couper la retraite du côté de lamer, les Syracusains avaient fermé lapasse du port par une ligne de leursgalères et de vaisseaux de transportjoints par des chaînes et couverts deplanches qui formaient à la fois uneplate-forme et un pont. De l’autre côté,les Athéniens avaient placé leurs trou-pes d’élite sur leurs vaisseaux, et lerestant le long du rivage. Leur flottemontait à cent quinze voiles.Les troupessyracusaines étaient rangées aux piedsdes murailles de la ville ; la flotte sici-lienne , au nombre de soixante-treizegalères, était suivie d’un grand nombrede bâtimens plus petits, confiés <à lajeunesse qui brûlait de donner les pre-mières preuves de sa valeur pour sesparens et sous leurs yeux. Les vieil-lards, les femmes, les enfans, et toutesles personnes incapables de porter lesN.
armes, couvraient les remparts quientouraient le port et les éminencesvoisines. Toutes les âmes étaient ab-sorbées dans l’attente d’une issue dé-cisive , les physionomies semblaientimpassibles, les cœurs battaient demouvemens convulsifs.
Nicias , persuadé du danger quil’entourait, sauta dans le premier vais-seau qui s’ofïrit à lui et passa en revuetoute sa flotte, appelant chaque capi-taine par son nom : il rappelait à cha-cun les parens qu’il avait laissés àAthènes . 11 exhortait ceux qui avaientreçu des récompenses publiques deprouver dans cette occasion qu’ils enétaient dignes; il représentait à tousque leur salut, ainsi que celui de leursconcitoyens et de la patrie, dépendaitde leur fermeté et de leur courage.C’était, s’écriait-il, la dernière res-source laissée par la fortune. Enfinil les conjurait de ne pas laisser flétrirà Syracuse les lauriers gagnés par leursancêtres à Salamine , ni de permettreque leurs anciens trophées se changeas-sent en chaînes et en esclavage. Aprèscette vive adresse, il donna le signal.Les Athéniens se précipitèrent avecfurie sur les chaînes qui retenaient lesgalères ennemies , espérant forcer lepassage ; mais les Syracusains, les atta-quant sur tous les points, les forcèrentd’en venir à une bataille décisive. Tousles efforts pour briser les chaînes fu-rent inutiles ; en peu d’instans les vais-seaux furent dispersés dans le port,et, chacun d’eux attaqué en particulier,se défendait pour ainsi dire corps àcorps contre son adversaire.
Les Syracusains, animés parla vuede leurs pères, de leurs ferftnes et deleurs enfans , rivalisaient de bravoure.Plusieurs, lorsque le vaisseau qu’ilsmontaient coulait bas, sautaient dansle plus proche et continuaient de com-