Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
313
JPEG-Download
 

BISCARi.

313

vage, lorsqu’au détour du torrent jeme trouvai face à face avec la plus joliesociété de compatriotes que j’eusse puespérer de voir dans les vertes alléesde Montmorency ou de Ville-d’Avray .Celte aventure me rappela les damesanglaises, en spencer rose, queM. deChateaubriand rencontra au sommetdes Pyramides de Memphis.

Le costume des habilans du vald’Is-pica , en rapporf,a||ec leurs habitudespastorales (Pl.io5), se compose d’unepièce d’étolfe fabriquée par leurs fem-mes. Ils en nouent une extrémité qu’ilsposent sur leur tête en guise de sali -marco , manteau à capuchon très-com-mun en Sicile . Des peaux de chèvreou de mouton, fixées au-dessus deshanches, descendent jusqu’aux genoux.Le bas de la jambe est enveloppé dansdes espardilles qu’ils arrangent avecgoût.

De ce vallon je me rendis à Biscari.On croirait traverser un désert de l’A-frique . La nature inculte paraît icidans son état primitif, et seule ellefait tous les frais de sa parure. Quel-ques troupeaux errans indiquent àpeine la présence de l’homme dans cesmontasnes. Biscari est une fort pe-tite ville ou plutôt un village placé ausommet d’une hauteur : c’est le chef-lieu de la principauté de ce nom. Ellefut l’objet de la munificence de donIgnazio de Paternà, son seigneur.INous logeâmes dans l’hôtel-de-ville ,bâti de ses deniers. A sa mort, Bisca-ri retomba dans la misère d’où ellecommençait à sortir. Le costume desfemmes est très-pittoresque (PI. io5).En descendant de Biscari on voit degrands champs de soude. Cette plante,dont on extrait, au moyen de l’inciné-ration, un alcali nécessaire à la fabri-cation du savon , se plaît dans les ter-rains sablonneux voisins du rivage de

la mer. Ses feuilles, épaisses, rudes etépineuses, affectent une couleur rou-geâtre ; les tiges s’élèvent peu. On lasème au mois de mars ; vers la mi-aoûton l’arrache, et on y met le feu aprèsl’avoir entassée dans une grande fossecirculaire, profonde de trois à quatrepieds , au fond de laquelle un gril estpratiqué pour établir la libre circula-tion de l’air. Le résidu de la combustionforme une masse de cendres compactes,d’un gris foncé tirant sur le bleu. Onla divise en fragmens d’un volume plusportatif; on l’emballe dans des nattesde sparte cousues en forme de poche,et on l’expédie pour Marseille , où lesfabricans de savon en font une consom-mation considérable. L’Espagne enfournit aussi beaucoup, mais d’unequalité inférieure. On estime qu’unquintal de soude de Biscari donne parla combustion quarante-cinq à cin-quante livres d’alcali

Bientôt on suit le cours du Dirillo ,l’ancien fleuve Acatbe, qui roule cettepierre précieuse que par corruptionnous nommons agathe, et l’on gagne lebord de la mer. La côte, basse et dé-couverte, nous laissait tout-à-fait ex-posés à un soleil brûlant : la marche ,sur un sol tantôt sablonneux, tantôtcouvert de galets ou d’algues amonce-lées sur le rivage en bancs élastiques ,était pénible. De loin en loin on ren-contre des fortins qui défendent la côtecontre les descentes des corsaires bar-baresques, jadis très-fréquentes dansces parages.

A Terranova la route devient plusfacile et plus variée. Les ruines mé-connaissables de l’antique Gela , si re-nommée pour ses vases peints, sontà huit cents pas environ du village.Antiphème de Rhodes et Entimus deCrète , tous deux débarqués à la têtede colonies différentes , se concer-