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l’ancien fleuve Alicus , la campagnen’est plus qu’un désert jusqu’aux tem-ples , si l’on peut donner ce nom auxamas confus de débris qui se trouvententre l’Hypsa et le Selinus . L’ache( sélinon en grec ), répandue en abon-dance sur ces rives, a fait donner aufleuve et à la ville le nom que ces ves-tiges conservent encore. Hérodote ,dans son sixième livre, nous a conservél’bistoire des premiers âges de cette ré-publique. La rivalité qui existait entreses babitans et ceux d’Egeste fut causede la ruine des deux cités, qui devin-rent les victimes des étrangers appelésà leur défense. Sélinunte fut ravasrée
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par Annibal. Plus tard elle fut rebâ-tie et s’éleva à un degré de splendeurqu’elle n’avait pas atteint d’abord ;mais, l’an de Rome 268 , les Carthagi-nois s’en emparèrent de nouveau ettransférèrent les babitans à Lilybée.
Au neuvième siècle, elle fut ruinéeparles Sarrasins, qui y débarquèrent lei5 avril 827. Ils tuèrent tous les babi-tans et donnèrent à la ville, qu’ils re-peuplèrent, le nom de Beldel Braghit,qui signifie « terra dellepulci , terredes p uces » , nom que quelques cabanesconservent encore aujourd’hui ajustetitre. Les dévastations des hommes etles ravages du temps n’auraient j>u seulstransformer ces édifices en montagnesde débris, si les tremblemens de terre neles eussent ébranlés jusques dans leursfondemens, et n’eussent bouleversé tousles membres d’architecture. Leur repré-sentation offre plutôt la ressemblanced’un amas de fragmens assemblés àplaisir par le dessinateur, pour com-poser un frontispice, qu’aux vestigesd’un temple (PI. io4). Les sables dela mer qui s’amoncellent sur le rivagesemblent se disputer la destruction desruines de cette malheureuse ville. Sesmembres épars sont répandus au mi-N.
lieu de marais dont les miasmes pesti-lentiels écartent le voyageur.
Deux Anglais , MM. William Har-ris et Samuel Angell , ont décou-vert, il y a quelques années, au milieude ces décombres , des fragmens demétope du tympan du temple de Ju-piter Agorius. Ils sont ornés de bas-reliefs plus remarquables par leur an-tiquité que par le fini de la sculpture,que l’on prétend antérieure à celle desGrecs.
La crainte du mauvais air nous fitquitter Sélinunte . Nous nous rendîmes&Mazzara par Castelvetrano . L’église,la Collegiata, renferme une belle sta-tue de Gagini. On compte à Mazzarahuit mille babitans, qui vivent dansl’aisance que leur procure le commerce.Je n’y vis d’intéressant que les sarco-phages antiques de la cathédrale et lemusée Grisnano, assez riche. J’envovaimes mulets m’attendre à Trapani et jelouai une speronara qui devait m’yconduire, à la condition de me descen-dre à Mar sala, l’ancienne Lilybée, oùj’avais l’intention de passer quelquesheures. Cette ville tire son nom dedeux mots arabes qui signifient « portde Dieu ». C’est une des nombreusesvilles bâties dans cette île par les Sar-rasins , qui valent mieux que leur ré-putation , si l’on en juge par les édi-fices et les lumières dont ils ont couvertla Sicile quand toute l’Europe crou-lissait dans l’ignorance du moyen âge.
L’an de Rome 548, Scipion partit dece port pour aller assiéger Carthage .Marsala, agrandie par les Normands ,fut ravagée par Charles-Quint . Ungroupe colossal représentant deuxlions acharnés sur un taureau, est leseul reste d’antiquité que j’y ai vu.L’Anglais Thomas à Becket est le pa-tron de cette ville. Il est assez extraor-dinaire que les Siciliens, si riches en