334
Le second roi fut Guillaume, fils deRoger, prince constamment infortu-né, quoique peu inquiété par les en-nemis du dehors. Son indolence lemit sous la tutelle de ministres avi-des et corrompus ; cependant , lors-que les attaques étrangères réveillaientl’activité secrète qui était en lui, onvoyait renaître dans sa personne l’es-prit belliqueux de ses ancêtres, et ilrepoussait toutes les agressions avecle courage d’un Guiscard.
Dans une certaine circonstance, lepape et l’empereur le pressèrent vive-ment, mais il déjoua tous leurs pro-jets. S’il avait eu autant de succès dansl’administration de son royaume quedans les rapports extérieurs, son règneaurait un tout autre caractère que ce-lui dont il est empreint dans les chro-niques de Sicile . Majone, son favori,gouverna le peuple avec tant de des-jiotisme et d’oppression , qu’il contrai-gnit les barons à conspirer contre lui.Ils assassinèrent le ministre, empri-sonnèrent le monarque, et mirent lacouronne sur la tête de so§ jeune fils.Mais cet infortuné ayant été tué, lecourage des rebelles fut abattu, etGuillaume reconquit sa couronne ,brûlant d’assouvir sa vengeance dans lesaqg des conspirateurs. Il passa tran-quillement le reste de ses jours sur letrône : mais la paix dont il jouissait neput dissiper le noir chagrin auquel ilétait toujours en proie. Accablé sousle poids de ses infortunes, maladed’ambition , sans amis , et incapa-ble de quelque occupation louable , ilarriva à la longue à un tel degré d’apa-thie , qu’il défendit expressément àceux qui l’entouraient de l’instruirede rien qui pût troubler son repos.Le résultat d’une nonchalance aussidangereuse fut que sous son règneles officiers de la couronne exercèrent
avec impunité les abus de la plus scan-daleuse tyrannie. Guillaume descenditau tombeau, détesté de tous les gensde bien, et flétri par chacun de ses su-jets du surnom de mauvais.
Les premières années du règne deson fils Guillaume furent troublées parles discordes des grands vassaux de lacouronne ; mais lorsqu’il fut sorti despremières années de la vie, toutes lesdissensions cessèrent : une adminis-tration douce, prudente et juste, unemunificence vraiment royale pour lesgens d’église, lui procura le précieuxsurnom de Bon. Ainsi il effaça glo-rieusement la tache que son père avaitimprimée à son nom. La preuve laplus frappante que l’on puisse donnerdes titres qu’il avait à cette honorableépithète, est le désir exprimé par leshabitans de la Sicile , dans toutesleurscontestations ultérieures avec leurssouverains, que les affaires fussent mi-ses sur le même pied, et les lois obser-vées avec la même impartialité qu’auxjours du règne du bon roi Guillaume.
Ce prince n’ayant pas de descendansdirects, et voulant prévenir une guerrecivile, donna Constance, fille post-hume du roi Roger , en mariage àHenri de Somalie roi des Romains :quelque temps après il mourut. Ilrégna vingt-trois ans dans une paixet une tranquillité tellement profon-des , que les historiens, qui se com-plaisent ordinairement dans le récitdes scènes d’horreur et de sang, nenous ont transmis aucune des parti-cularités des dix dernières années desa vie ; car, ainsi que le dit Mon-taigne : « Les bons historiens fuientcomme eau dormante et mer'morte,des narrations calmes, pour regaignerles séditions , les guerres, où ils saventque nous les appelons.»
Après la mort de Guillaume le Bon,