Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
358
JPEG-Download
 

358

L’ITALIE .

monter sur son trône, il abdiqua vo-lontairement , et mourut tranquille-ment dans sa patrie.

Sous le magistère de Villeneuve, sonsuccesseur, arriva l’aventure du cheva-lier Gozon, qui tua un affreux serpentqui faisait d’horribles ravages dansFile. Plusieurs chevaliers avaient trou-vé la mort en attaquant ce monstre,et le grand-maître avait défendu qu’ons’exposât davantage pour terrasser ceserpent. Gozon, chevalier provençal,ten tanéanmoins l’aventure. Après avoirexaminé de loin le dragon,il fit faireun mannequin tout semblable, accou-tuma deux jeunes dogues à n’en êtrepas effrayés, à se jeter sur le monstre,et à le prendre sous le ventre, où ilétait sans écailles, pendant que lui-même l'attaquait, armé de pied en cap.Gozon abattit le serpent, non sanstrès-grand danger, malgré ses précau-tions, et le tua. Le grand-maître, fidèleobservateur de la discipline, le dépouil-la de l’habit de l’ordre, mais le luirendit avec éclat, et le fit son lieute-nant-général. Gozon même lui succédapar une hardiesse qui n’a peut-êtrejamais réussi qu’à lui.

Le chapitre se trouvait embarrassépour l’élection. Les vieux voulaient unhomme grave et religieux ; les jeunesun guerrier qui les menât au gain et àla gloire. Quand le tour de Gozon pourdonner son suffrage arriva, il dit : « En» entrant dans cette assemblée, j’ai fait» un serment solennel de ne proposer» que celui des chevaliers que je croi-» rais le plus digne de cette grande» place. Après avoir considéré l’état où» se trouve la chrétienté, les guerres» que nous sommes obligés de soutenir» continuellement contre les infidèles,» la fermeté et la vigueur nécessaires» pour empêcher le relâchement de la» discipline, je déclare que je ne trouve

» personne plus capable de bien gou-» verner notre religion que moi-même.» Oui, reprit-il, voyant qu’on gardait» le silence, moi-même , et vous avez» déjà essayé de mon gouvernement.» Vous savez ce que vous en pouvez es-» pérer, et je ne crois pas que, sans» injustice , vous puissiez me refuser» vos suffrages. » Il faut avoir une con-science bien irréprochable pour hasar-der pareille proposition dans une as-semblée de rivaux. Gozon, exempleunique, réunit les suffrages, et rem-plit les espérances qu’il avait osé pré-senter.

Hérédia, trente-et-unième grand-maître, élu en 1 3^5 , donna aux che-valiers une leçon de magnanimité. Ilavait été fait prisonnier par les Turcs.L’ordre offrit pour sa rançon la res-titution du château de Patras dans laMorée, une grosse somme, et les troisprincipaux dignitaires de l’ordre enotage jusqu’au payement. Quand lesotages arrivèrent auprès de lui avecplusieurs chevaliers pour tenir sa place,il leur dit : « Laissez, mes chers frères,» mourir dans les fers un vieillard inu-» tile, et qui ne peut plus vivre long-» temps. Pour vous qui êtes jeunes,» réservez-vous pour servir la religion.»11 défendit qu’on tirât sa rançon dutrésor de l’ordre, et ajouta : « Si on» la doit payer, ma famille a reçu d’as-» sez grands biens de moi pour me» donner cette marque de sa recon-» naissance. » Il resta trois ans dansune assez dure captivité ; sa famille leracheta.

Sous Philibert de Naillac , trente-deuxième grand-maître, l’ordre achetala Morée ; mais les habitans refusèrentde se soumettre à la domination deschevaliers. Ce grand-maître et sessuccesseurs entretinrent une guerreactive sur toutes ses côtes et sur celles