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VOYAGE PITTORESQUE
Après avoir ainsi côtoyé Hawaii depuis la pointenord d’Oupoulou, nous mouillâmes le 5 févriersur la rade de Keara-ke-koua , à une grandedistance de terre, à cause des rafales violèntesdu veut d’ouest, fréquentes dans cette saison.Une chaloupe armée pour Koua-Kiui nous con-duisit rapidement vers la côte.
L’aspect de ce rivage est triste et sérieux. Unlugubre rocher de lave domine la baie et le vil-lage de Kaava-Roa. On dirait qu’il penche à enperdre l’équilibre, et que tôt ou tard il comblerale bassin et brisera le village ; mais au-dessus dece morne la campagne se révèle fertile et riante.Un premier plan de terrains cultivés , de ver-gers , de baies, de bouquets d’arbres, s’adosse àun plan plus reculé de forêts sauvages et de picsmajestueux. Celui de Mouna-Roa qui terminele paysage semble y régner en souverain.
Tout semblait préparé d’avance pour m’éviterle moindre souci : un logement m’attendait chezla noble dame Kapio-Lani, châtelaine d’une joliecase avec son enclos palissadé. Celte habitationélait située tout près de l’endroit où périL Cooken 1777. Je débarquai sur le théâtre même dece drame , consacré depuis peu par le capi-taine Byron qui y planta un ppteau indicatif en1825.
Mon hôtesse prévenue par Koua-Kini me fitle plus gracieux accueil. Elle m’offrit du thé,des gâteaux, du fruit, du madère; me fit voirle pavillon où je devais loger, la salle du repascommun ; me mit enfin au fait de tous les petitsaménagemens de sa résidence. C’était une grosseet bonne femme que madame Kapio-Lani, sur-chargée d’embonpoint, accusant dans sa figureet dans sa démarche un âge qui devait flotterentre quarante et cinquante ans.
Koua-Kini n’avait que quelques ordres àdonner à Kaava-Roa, et j’eus le regret de nepasser qu’un jour dans la maison de madameKapio-Lani. Le lendemain le schooner nous em-portait vers Kaï-Roua, résidence habituelle deKoua-Kini, en sa qualité de gouverneur d’Ha-waii . Nous mouillâmes dans la rade de Kaï-Roua,en face du fort garni de trente pièces de canon.
Ce paysage n’est ni moins sévère ni moinsvolcanisé que ceux que nous avions vus jusqu’a-lors. Les montagnes présentent toutes ce ca-ractère d’éruptions antérieures, délavé solidi-fiée. A cet inconvénient Kaï-Roua en joint unautre plus réel. Quoique ce soit un endroit sainet populeux, il manque d’eau fraîche. La seuleeau potable du pays est celle que l’on va puiserdans des marais ou dans des torrens fort éloi-gnés du rivage.
Mes hôtes de Kaï-Roua étaient Koua-Kim e .sa femme, jeune encore, car le vieux & oUŸ ^j 5neur avait convolé en secondes noces. J alaissé des amis à Hono-Rourou, mais les arm 5Kaï-Roua devaient l’emporter sur tous ceuS ^l’archipel. On eût dit que mon étoiledestiné à ne rencontrer sur ma route q lievisages rians, des accueils affectueux , despitalités touchantes. Jusque-là, j’étais I edu pèlerin qui trouve toujours un oasis lQ 5 ^un dattier et une fontaine , un caravan sef ‘ eune chauderie, monümens de la piété puhhfl^,ou de la charité privée. Dans les pays o u r ,ne suffit plus, où il n’est pas le grand P j tvoyeur du toit et de la table, ma vie ® ,été en tous lieux heureuse, douce, fêtée, a jtdante et tranquille. J’étais devenu unde l’univers, sans désignation de patrie, trvant dans chaque continent et dans toi* 1 ^chipel des parens plus ou moins proche 5 5 ^tôt des frères, tantôt des cousins, quelfi ue ( j c 5mieux accueilli au foyer du sauvage des lïl ° Unouveaux, que sous le toit des colon 5 lt ^ c eplantés de notre vieux monde. Si l’ex> 5 ]$
voyageuse devait être toujours rempliehasards, les habitans du globe vondraieù 1 ^se mettre en marche ; et qui sait si l’éq u j>de notre planète n’a pas besoin du rep° smajorité! _ ^
Les bontés de madame Koua-Kini m’o nt fi'loin. C’est que vraiment on ne peut riell e pl l15gurer de plus délicatement empressé,parfait, de mieux senti que les prévenant Jt eelle m’entourait. J’aurais pu m’y ® e P ravec un peu plus de fatuité. Je ne le fi 5 P ^la situation n’en avait que plus de
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Koua-Kini d’ailleurs avait de tels ég& T( * s g<>-moi, il oubliait si bien les affaires de s ° ,x ^{û‘vernement pour s’occuper de mes p ct ' tS {û iJ t6jets, que je me pris à l’aimer aussi »
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Le jour même, il m’accompagna en p edans tous les environs semés de groi tcSrelies , les plus curieuses que l’on p u i sse ^ ll <r> tL’une d’elles , nommée Rani-Akea, n ° üS e fp e,vses mystérieux labyrinthes. Tantôt il 5taient en couloirs bas et étroits; tantôt 1 j ofl gi> e>gissaient en salles spacieuses, hautes et ^de vingt pieds. Nous marchâmes ainsi a t ll . I)beaux, escortés par des naturels , p eJ1 ^ ^ 0 $espace de douze cents pieds environ. c téd sintérieures du roc n’avaient rien de ca e ]tique, si ce n’est, de temps à autre , J ^ e t ^configurations bizarres. On eût cru voi^des statues taillées par le ciseau,
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