536
VOYAGE PITTORESQUE
Cook parut dans l’archipel, il était hoa (ami ouparent) du roi de Wahine. Absent quatre ans,après avoir essuyé à Londres la petite-vérole , ilobtint, au retour de Cook, une maisonnette bâtiedans le style anglais par les charpentiers du na-vire, deux chevaux, des chèvres, d’autres ani-maux utiles , une cotte-de-mailles , une armurecomplète, un mousquet, des pistolets, de lapoudre , des balles, un orgue portatif, une ma-chine électrique, des pièces d’artifice, et d’au-tres objets d’une moindre valeur. Chacune deces choses était un trésor dans la baie de Wareet sur l’île Wahine. Aussi Maï fut-il à l’instantmêmecomblé d’honneurs par le roi qui lui donnasa fille en mariage, et changea son nom en celuide Paari (sage), sous lequel il fut connu depuis.Il paraît toutefois que Maï abusa de sa position,et surtout de la supériorité de ses armes euro-péennes. Favori d’un roi cruel, il se montraplus cruel que lui. Ne quittant jamais ses armes,il essayait son cou p-d’oeil contre les gens quipassaient, tantôt de loin avec son fusil, tantôt deprès avec ses pistolets. Le souvenir de ces meur-tres inutiles vit enoore à Wahine, où la mémoirede Maï est en exécration.
Le terrain où Cook bâtit la maison européennede Maï s’appelle encore aujourd’hui Beritani,corruption de Britain (Angleterre). Un pample-mousse planté, au dire des naturels, par Cooklui-même, est tout ce qui reste de l’ancien jar-din. Des animaux laissés par les Anglais , leschiens et les cochons ont seuls survécu. Le cas-que et d’autres parties de l’armure de Maï sontconservés dans la maison qui a remplacé lasienne. Des chefs de l’île ont le reste des ho-chets européens donnés à l’insulaire, et ils lesconservent précieusement. Le jeune prince deTahoa, entre autres, possédait et fit voir au mis-sionnaire Ellis une grande Bible in-quarto ornéede nombreuses gravures enluminées, provenantde la succession de Maï. On ne sait pas ce quesont devenus l’orgue et la machine électrique.
Le local de la maison de Maï a eu aussi desdestins singuliers et divers. En 1809, il reçut lesmissionnaires expulsés de Taïti , et leur premièreécole fut ouverte en face du pamplemousseque Cook avait planté. En 1824 , les chefs Po-hue-Hea et Taraï-Manou, devenus possesseurs deBeritani , y ont bâti une maison à deux étages,la plus belle de l’île ; ils ont planté le jardind’arbres fruitiers, et ont fait de ce lieu le bijoude la contrée. Nous visitâmes cette petite en-ceinte , pleine encore des souvenirs de Cook ;nous remarquâmes son pamplemousse , seul deson espèce dans l’archipel, et qui semblait attester
son origine étrangère par ses pousses rabou*gries et ses branches étiolées.
Le soir même, nous quittâmes le havre deWare pour -gagner le mouillage de Raïatea, ° unous laissâmes tomber l’ancre le lendem 311126 avriL Du pont du sloop, on pouvait recon -naître les blanches maisonnettes deOutou-Maoro»alignées sur la plage septentrionale de Raïatea-Derrière ces cases s’élèvent en amphithéâtre de 5coteaux verdoyans qui vont aboutir à un pi to11carré bien plus élevé, et simulant de loin ul) ®sorte de construction gigantesque. Le principe)village de l’île était naguère dans un lieu nom 01 ®Vao-Aara; mais les missionnaires, ayant troU veOutou-Maoro beaucoup plus commode, s’y eta ’blirent et y entraînèrent presque tous les na tu ‘rels de l’île.
Quand VOceanic fut installé dans la rade» a200 toises environ du rivage, j’accompagi ,alPendleton chez M. Williams, le missionnai re
résidant sur Raïatea. Il occupait une charman tehabitation non loin de la grève. Officieux et p 0 ' 1 ’il nous reçut fort bien, et nous apprit que * areine et la régente de Taïti, arrivées de la veifi e ’.étaient allées faire une excursion à Tahoaleur aïeul, et qu’elles seraient de retour le s° l !seulement. Dans ce moment, il ne restait 3Outou-Maoro que la vieille reine de Raïat ca 'vers laquelle il offrit de nous conduire.
Nous primes donc la route de la réside' 1 ^royale. C’était une jolie maisonnette en maç 0 ’ 1nerie , blanche , bien recrépie , composéequatre pièces de plain-pied, l’une servant 0salle d’audience, les autres de chambres à c ° a . t
cher ou de cabinets. La salle d’audience a v
,-a i l
d 3S
et
quatre croisées garnies de glaces et deux graU 1portes, l’une en bois qui donnait sur la ruel’autre avec des vitres tournée vers laLa baie touchait presque la maison ; elle ve°baigner un petit boulingrin de gazon et d a fbustes qui en était une attenance. Les l aI11 | eSdes appartemens étaient proprement peints»planchers couverts de nattes, les pièces g ar °.de sièges bien travaillés en bois d’arbre à P 3 ’. 1 *’avec le fond et les dossiers en fibres de cocoadroitement tressées. Dans les cabinets ^ aierü ^.se trouvaient de jolies couchettes garnies dep^sieurs nattes en guise de matelas, et teC g{lvertes d’indiennes de couleur. Des draperie®tapa ou en étoffe blanche décoraient les . fltrès et les lits. En somme, c’était une foiU ^demeure, et plusieurs chefs du pays en avalde pareilles. e ge
La vieille reine ne l’habitait pas alors,l’avait cédée à scs enfans venus de Taïti . P° 11