AUTOUR DU MOIS’DE.
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R>ir, nous gagnâmes une case plus modeste , où^Ous la trouvâmes occupée, comme les reinesD’Homère , à fabriquer des nattes. Après les sa-ints échangés, elle quitta son maillet et nousJ e ndit la main. C’était une femme de cinquante* soixante ans, d’une figure gracieuse et res-Jetable , avec quelques restes d’une beauté qui5v ait eu de l’éclat pendant sa jeunesse. Vêtued’un morceau d’étoffe blanche sur les épaules,av ec un pau ou jupe du pays, à raies bleuesboisées , elle portail comme accessoires un longc hâle et un manteau de paille. On causa , et sesépouses furent toutes empreintes de naïveté etde bienveillance. « Vous faites là un beau tra-vail , lui dit Pendleton. — Non , cette natte estStossière, répliqua-t-elle ; en voici de plus belles,»et elle montrait celles de ses femmes ; « mais,<Iuand j’étais jeune , je n’avais point d’égaledans ce genre d’ouvrage.
Nous quittâmes la vieille reine, enchantésd’elle comme elle parut enchantée de nous. LaPartie était arrangée avec elle, pour que le len-demain la famille royale, de retour de sone Xcursion, vînt nous trouver à bord de l'Oceanic.^Vu-être les deux souverains de Raïatea neRendraient-ils pas ; mais ceux de Taïli s’étaientd’avance tait une fêle de dîner à bord.
Le reste de ma journée demeurait libre , et sihotre séjour n’avait pas été limité dans sa durée ,i’aurais poussé une pointe jusque vers Opoa, an-tenne capitale de l’île, située à douze ou quinze«ailles vers le S. S. E. de Outou-Maroa. Là sePouvait un antique et célèbre moraï d’Oro. Cedieu, un des plus célèbres de l’archipel, avait surc e point son plus beau temple.-Non-seulement lePeuple de Raïatea s’y pressait tout entier; maisdes diverses parties du groupe, et de Taïti même,^Couraient, à de certaines époques , des adora-teurs nombreux et fanatisés. A l’heure actuelle,Ce moraï n’existait plus ; les fondeniens et lesderniers vestiges des idoles avaient été couvertsP^r l es empiétemens de la végétation. C était jadisPourtant, au dire des missionnaires, une en-ceinte sanglante et terrible. Chaque jour desRctimes humaines y tombaient sous le couteaudes prêtres , et ces pratiques atroces n avaientPas peu contribué à la dépopulation des îles.*- e m ur d’enclos du moraï était formé de crânes^ u mains dans un état plus ou moins avancé dec ° r fuption. A l’intérieur de l’île, et dans lesMontagnes, existait encore un pari, ou forte-£esse , réputé imprenable , asile ouvert aux en-_? tls > aux vieillards et aux femmes dans un case guerre et d’invasion.
Ue jo ur suivant, ainsi qu’il avait été dit, VO -
T. I.
ceanie eut la visite de tous les personnages de lafamille royale, souverains de Raïatea ou sou-verains de Taïti . Depuis quelque temps, commeon l’a vu, Philips s’était éclipsé : une fièvre dys-sentérique l’avait tenu cloué sur son cadre, et ilentrait à peine alors en convalescence. Philipsétait le chevalier d’honneur de l’Oceanic; lapensée d’un devoir lui donna des forces : mortou vif, il fallait qu’il présidât à la fête. Ce fut luiqui, dès le matin, fit laver le pont, lover les cor-dages , ajuster la chambre : un canot de corvéealla par son ordre chercher des fleurs dansles bois du rivage, et le galant baleinier les dis-posa de sa main dans des vases du Japon avecune grâce prétentieuse et coquette. La consignede l’équipage était la chemise blanche et le cha-peau ciré uniforme. Quant à lui, sur un glorieuxjabot, il piqua, en l’honneur de la solennité, uneturquoise d’un pouce carré qui ne jouait pasmal l’œil d<e cyclope au milieu de sa poitrine. Laconvenance, le plaisir de réaliser quelques dou-blons lui avaient fait vendre jusqu’à son der-nier habit à Matavaï, mais il possédait encoreune magnifique veste avec des ancres d’argentbrodées à chaque angle et un léger galon quiserpentait sur les bordures. Ainsi paré et coifféde son plus beau chapeau de paille, blêmi parquelques jours de diète, mon Philips avait pres-que l’air d’un subrécargue. Il était devenu unhomme fort dangereux pour la jeune Pomare-Wahine l re , toute reine de Taïti qu’elle était.
Vers midi, la garde des passe-avants annonçadeux pirogues, et l’équipage, au bruit du sifflet,s’aligna sur deux files à tribord. Une salve de neufcoups de canon reçut les augustes visiteurs.La première pirogue portait la vieille reine et levieux roi de Raïatea , ce dernier encore robusteet d’une taille gigantesque. Il pouvait bien avoirsix pieds : quand il fut sur le pont, il nousdépassa de toute la tête : nous étions des nainsà côté de lui. L’air digue d’ailleurs, vif, intelli-gent, il s’avança vers Pendleton, et lui secouala main d’une manière amicale. Son costumeétait un uniforme anglais assez propre , avec lechapeau, la ceinture et l’épée, plus un pantalonet des souliers, complément assez rare d’unetoilette taïtienne. La vieille reine portait unerobe de mousseline blanche, un mouchoir desoie jaune, de belles franges, une ceinture desatin et un chapeau de paille garni de rubans.
La seconde pirogue accosta ensuite : elle por-tait la famille royale de Taïli. A peine avait-oneu le temps de se préparer, que déjà la jeunereine sautait sur le pont, vive et légère. Pend-leton lui offrit la main pour la conduire sur
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