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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

révoltante pour quil soit possible de les ra-conter.

LAustralien croit aux esprits , à linfluencedes songes, aux charmes et aux sortilèges ; ilattribue à ces influences malfaisantes presquetoutes ses maladies : aussi les remèdes les plusordinaires employés par les kerredais et les mul-garadocks sont-ils des conjurations ou de nou-veaux charmes pour détruire leffet des pre-miers. Quelques tribus de la Nouvelle-Galles du Sud admettent un bon esprit nommé Koyan, etun mauvais esprit nommé Potoyan. Koyan nestoccupé quà leur rendre de bons offices; maisils redoutent beaucoup Potoyan, sans cesse oc-cupé à leur jouer de mauvais tours. Son arrivéesannonce par un sifflement particulier, bas etprolongé. Les colons, qui connaissaient cettesuperstition, sen servaient pour se débarrasserdes importunités des sauvages : ils sifflaient àleurs oreilles comme Potoyan. Par la mêmeraison, jamais les naturels 11 e sifflent quandils passent sous une roche ; ils auraient peurque la roche ne tombât sur eux. Ils simaginentquen faisant rôtir des poissons durant la nuit,ils sexposent à faire souffler des vents défavo-rables. Collins raconte même à ce sujet uneanecdote assez singulière.

« Lun des canots au service de la colonieayant été un jour retenu dans le port par desvents contraires , les matelots samusèrent à ra-masser quelques coquillages, qu'ils voulurentfaire rôtir ensuite pour leur repas du soir .'Unnaturel qui les observait secoua la tête et ajouta :« Le bon' vent ne viendra point, puisquon faitcuire du poisson la nuit. » Les matelots nen fi-rent que rire alors ; mais le lendemain, le pro-nostic du sauvage sétant vérifié, et les ventsdéfavorables ayant redoublé de force , les An­ glais maltraitèrent le pauvre prophète , disantque cétait à lui que lon devait celte contrariété.Lesquels étaient les plus ignorais et les plusbrutes de lun ou des autrès ? »

Les montagnards australiens croient que lewarwi, sorte damphibie approchant du croco-dile, habite les rivières de lintérieur, et en sortquelquefois pour enlever des enfans quil dé-vore ensuite. Suivant les mêmes récits, le cou-pir, autre monstre à figure humaine, se retiredans des cavernes inaccessibles : il peut fairepérir les noirs, mais les blancs sont hors de sesatteintes.

La population indigène de lAustralie a jus-quici échappé à toutes les évaluations statis-tiques. Si lon voulait toutefois établir un calculen allant du connu à linconnu, on nattein-

drait pas un chiffre plus élevé que celui de100,000 âmes, dont la moitié dans le rayon lit-toral sur une bande de dix lieues environ. Dim-menses intervalles ont été parcourus à linté-rieur, sans offrir dautres habitans que quelquestribus clairsemées , et la chose se conçoit facile-ment , quand on songe au peu de ressourcesquoffre cette région pour la nourriture delhomme. Si quelques canaux considérables sedécouvrent jamais et fraient une route vers lapartie centrale, ce chiffre augmenterasansdoute;mais il est douteux quil arrive au nombre de150,000 âmes.

Partout, dailleurs, les races plus civiliséesont mis le pied , il est immanquable de voirdisparaître graduellement les races primitives etsauvages. Toutes les colonisations ont abouti àla dépopulation des indigènes, et lAustralie ne manquera pas plus que lAmérique et l frique à cette nécessité. A Port-Jackson , lestribus vont chaque jour saffaiblissant , et celte décroissance amènera bientôt leur extinc-tion. Toute race qui ne peut se ployer à la civi-lisation disparaît devant elle. Cest la loi du pro-grès lent, mais continu de lhumanité. Ainsi lAus­ tralien , demi-homme , demi-brute , navant au-cune des conditions damalgame qui peuventcréer, comme ailleurs, une classe métisse, pé-rira tout entier. Dans deux siècles, lAustralie sera lEurope de lautre hémisphère, et peut-être y cherchera-t-on vainement alors des abo-rigènes. Ils nexisteront plus que dans nos livres,échos des récits des vieux voyageurs.

CHAPITRE XXXVI.

COLONIES ANGLAISES DE laUSTRALIE .

Vers les dernières années du siècle passé, laGrande-Bretagne cherchait un lieu de déporta-tion pour ses criminels, une terre expiatoire elle pût envoyer lécume de sa population,en la faisant servir à ces vastes pensées decolonisation lointaine qui absorbaient alors lecabinet de Saint-James. Grâce à Banks, il son-gea à lAustralie et à Botany-Bay que ce marinavait visitées dans son premier voyage avecCook. Le lieu était propre , en effet, pour unedestination pareille. Distance de la métropole,position commerciale entre lOcéanie et la Ma­ laisie , heureuses dispositions des indigènes,tout semblait militer en faveur du projet.

La première tentative eut lieu en 1787. Neufbâtimens furent armés pour transporter les con-damnés dans la nouvelle colonie, avec quelques1 soldats descorte et des munitions. La frégate