424 VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
râleurs, et elles riaient de bon cœur toutes lesfois qu’elles jouaient ce rôle. »
Un jour Cook envoya une embarcation à l'ileBalabea , distante de quatre ou cinq lieues dumouillage. Le chef de Balabea, nommé Tea-Baï,et tous les habitans se réunirent sur la grèvepour recevoir les Anglais . Les rapports furentd’une nature bienveillante. Pour se garantir detoute surprise, les officiers de l’embarcationtracèrent une ligne de démarcation sur le sable,et enjoignirent aux naturels de ne point dépas-ser cette barrière. Les sauvages se conformèrentà cette défense; mais l’un d’eux en fit bientôt laparodie : il avait quelques noix de cocos qu’unmarin voulait acheter et qu’il ne jugea pas àpropos de vendre. Il se retira, et, voyant que l’a-clietcur le suivait, il traça un cercle autour delui sur le sable, et fit signe à l’Européen de nepoint passer outre.
L’aspect général de Balabea ressemblait à celuidu pays aux environs du mouillage ; mais le solétait plus fertile et mieux cultivé ; il était surtoutcouvert d’un plus grand nombre de cocotiers.Les habitans étaient aussi de la même race; leurcaractère était doux et bienveillant, et ils échan-gèrent volontiers leurs armes contre de petitsobjets en fer ou des étoffes de Taïli.
Le soir, le détachement anglais se retira sousdes buissons pour y souper avec le poisson qu’onavait acheté. Quelques naturels restèrent auprèsde l’officier qui commandait la petite troupe;ils lui parlèrent d’une grande terre qu’ils disaientsituée au nord et qu’ils appelaient Mingha. Leshabitans étaient leurs ennemis; adonnés à laguerre, ils faisaient souvent des descentes sur laNouvelle-Calédonie , et un sauvage indiqua mêmeun Imnulns où était enterré un chef tué par desguerriers de Mingha. Cependant, les matelotsse mirent à prendre leur repas, et comme l’und’eux rongeait un os de bœuf salé, les sauvagestranquilles jusque-là se mirent à converser entreeux avec inquiétude; ils regardèrent les Anglais d’un air surpris et indigné et finirent par s’enaller tous, en témoignant par signçs qu’ils lessoupçonnaient de manger de la chair humaine.En vain essaya-t-on de les détromper; ils nevoulurent rien entendre. Il eût été d’ailleursfort difficile d’en venir à bout, car ils n’avaientjamais vu de quadrupèdes, même en vie.
Après avoir quitté le havre de Balade, Cooksuivit toute la côte N. E. de la Nouvelle-Calé donie , mais en s’en tenant toujours à unegrande distance. Le 23 , il atteignit la pointeS. E., formée par un promontoire fort élevé;puis il aperçut une île haute et assez géande, sur
laquelle il remarqua des objets qui ressemblaientà des colonnes, quelquefois isolées, plus sou-vent réunies par groupes. Mais, quand oneut mis pied à terre, on reconnut que c’étaitune espèce de pin, propre à fournir des bois demâture. Les branches croissaient autour de latige, en formant de petites touffes; elles sur-passaient rarement la longueur de dix pieds etétaient comparativement fort minces. C’était làce qui donnait à ces arbres une forme si extraor-dinaire. Cook en fit couper plusieurs pour lesbesoins de son navire ; puis il quitta définitive-ment ces terres, en laissant à cette dernière lenom d ’ile des Pins (Pl. LII — 3).
En 1792, d’Entrecasteaux compléta la recon-naissance du capitaine anglais . Il la commençaprès de l’ile des Pins, prolongea les brisans quibordent dans toute son étendue la côle du S. O.et constata que celte redoutable barrière s’éten-dait encore à près de 170 milles au N. O. de lapartie septentrionale de la Nouvelle-Calédonie .Ce travail dangereux fit beaucoup d’honneur aunavigateur français , d’autant plus qu’aucun épi-sode brillant, aucune observation curieuse nepouvaient s’y rattacher. L’année suivante, ilalla mouiller au havre de Balade, où il passatrois semaines. Ce fut dans celte relâche quemourut le capitaine Huon de Kermadec, dontle corps, à l’insu des sauvages, fut inhumé surla petite île de Poudioua.
Dans leurs relations journalières, les natu-rels se montrèrent voleurs , cupides , audacieuxet enlreprenans. A diverses reprises, ils insul-tèrent les Français qui se virent obligés d’avoirrecours aux armes à feu. En outre, on put cons-tater par diverses épreuves qu’ils étaient canni-bales. Aussi le tableau que les Français tracè-rent de ces peuples diffère-t-il entièrement desdescriptions laissées par Cook et Forster. Pourexpliquer des récits aussi contradictoires, onserait vraiment tenté de penser que ces Minghas,que les naturels de Balabea avaient indiquéscomme des anthropophages, auraient fait, peude temps après le passage de Cook, la conquêtecle la partie septentrionale de la Nouvelle-Calé donie , et auraient chassé et exterminé ses paisi-bles habitans. Ce qui semblerait donner encorequelque crédit à cette hypothèse, ce sont lestraces récentes de pillage, de ruines et d incen-die, que Labillardière observa sur toute la sur-face du sol dans le cours de ses nombreusesexcursions.
En quittant le havre Balade, d’Entrecasteauxgouverna au S., et reconnut la bande orientaledes brisans dont il avait exploré le bord occi*