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faire un moyen de jouissances recherchées, force d,econserver celles qui ont été' une fois accumulées.
Comparons, dans les nations éclairées de l’Eu-rope, leur population actuelle et l’étendue de leurterritoire. Observons, dans le spectacle que présenteleur culture et leur industrie, la distribution des tra-vaux et des moyens de subsistance, et nous verronsqu’il seroit impossible de conserver ces moyens dansle même degré, et par une conséquence nécessaire,d’entretenir la même masse de population, si ungrand nombre d’individus cessoient de n’avoir, poursubvenir presque entièrement à leurs besoins ou àceux de leur famille, que leur industrie, et ce qu’ilstirent des capitaux employés à l’acquérir ou à en aug-menter le produit. Or, la conservation de l’une etde l’autre de ces ressources dépend de la vie, de lasanté même du chef de chaque famille. C’ est enquelque sorte une fortune viagère, ou même plus de'-pendante du hasard ; et il en résulte une différencetrès-rebelle entre cette classe d’hommes et celle dontles ressources ne sont point assujéties aux mêmes ris-ques, soit que le revenu d’une terre, ou l’intérêt d’un capital presque indépendant de leur industrie, four-nisse à leurs besoins.
Il existe donc une cause nécessaire d’inégalité,de dépendance et même de misère, qui menace sanscesse la classe la plus nombreuse et la plus active denos sociétés.