DE LA LIGUE. 407
imiter Anaxarcus , qui , pour consoler Alexandre abbattu cle —
tristesse, pour le meurtre qu’il avoir commis en la personne de ^Clytus , lui disoit que Dicé & Themis , c’est-à-dire , Justiceêc Equité, font les Aílestêurs de Jupiter , pour montrer quetoutes les actions du Prince ne peuvent être que justes & équi-tables : au contraire, je dis qu’on fait mal d’épuifer prodiga-lement ses finances , Lc de fouler ses Sujets ; car, comme di-soit Tibere César : C'efl l'office d’un bon Pajleur de tondre sesbrebis , non pas de les ècorchcr ,■ je dis avec Seneque , que d’au- "tant plus que toutes choses font loisibles au Roi , moins elles luifont lois blés : 6 c que le pere n’est pas plus tenu de la nourri-ture de ses enfans, la nourrice de la mammelle , que le Princede la protection de ses Sujets. Mais auífi je dis qu’on résiste àl’Ordonnance de Dieu , en résistant à la puissance par lui éta-blie : que ce seroit une dangéreuse ouverture èc conséquence,s’il étoit licite à quelques Conjurés de proceder à une réforma-tion par la force &c violence , comme font ces Factieux , quiaspirent notoirement à la Couronne : c’est cela qui leur a misles armes au poing : & ne faut pas que ces hypocrites changentl’occasion. Car, à qui en veulent-iîs ? Ce n’est point au tiersEtat , car ( à leur dire ), ils fe proposent de le décharger dufardeau de subsides ; ce n’est point à la Noblesse , car ils lui veu-lent rendre son ancienne dignité ; ce n’est point au Clergé , carils poursuivent le rétablissement de l’Eglise en ses libertés ; cen’est point aux Huguenots , car ils prêtent toute faveur à plu-sieurs. Outre ce que ci-devant, ils les ont voulu mettre en goûtde fe jetter à l’abri de leur protection : semblables en cela{ mais auec cette glose, fi les Huguenots font Hérétiques } au Dieudes Planetiades, qui chassbit les médians par une porte, ôí par11 ne autre les recevoir. C’est donc au Roi qu’iís s’attaquent :c’est aux Princes du Sang , c’est à la Justice , Lc à tous les bonsErançois qu’ils en veulent. Encore ils vivent : voire ils vivent engrandeur &c gloire, &c font trouvés fideles en leur désobéistànce,loyaux en leur perfidie, véritables en leur mensonge , auteurs depaix en leurs sanglantes guerres , zélés au bien public en leurprofit particulier, peres du Peuple en leurs exactions, & piliersde l’Eglise en leurs sacrilèges !
Voilà pourquoi, b Dieu éternel, qui as fi longuement favo-risé la Monarchie Françoise , nous te présentons nos larmes ,n °s soupirs Lc nos gémissemens : car , que préfenteroit autrecsiofe un peuple déchiré de mille maux, ÔC suffoqué d’tjne ty-r annie étrangère ?