1583.
JUSTIFICAT.
du Roi deNavarre.
544 MEMOIRES
offre de composer son armée de Suides , Alliés Sc Serviteurs diaRoi, de Reistres commandés par ses Colonels, Reistmestres ScPensionnaires, de François, tant d’une que d’autre Religion ;d’en commettre la conduite à un Maréchal de France , bon Ser-viteur du Roi, affidé des plus notables Capitaines qui l’auronttoujours servi Sc suivi, Sc des Principaux de la Noblesse Catholi-que de la Frontière ; Sc , pour comble de sûreté , de bailler Ma-dame la Princesse , sa sœur unique, en otage de sa bonne inten-tion ; comme auffi eût fait Monseigneur le Prince de Condé , safille : & ce, avant d’entrer en campagne. Ajoutoit, quand l’en-treprise seroit en train , de se dessaisir des Villes de fureté , avantle temps échu , pour faire entendre à un chacun , qu’il ne cher-choit son assurance en la force des murailles, mais en la feulebonne volonté du Roi, qu’il avoit méritée Sc acquise par tantde notables offices.
Ce moyen avoit semblé le plus prompt & le plus expédient auRoi de Navarre , pour lever les défiances, assoupir les animosi-tés , éteindre les noms des Partis , Sc réunir les cœurs en une mê-me volonté ; Sc pense ledit Seigneur Roi, qu’il n’y a bon Fran-çois à qui cette entreprise ait été proposée, qui n’en ait jugé demême. Cependant, c’est dès-lors qu’on commence de plus belle àbrasser avec le Pape une Ligue générale à l’extermination de tousceux de la Religion ; que le Nonce fait plus grande instancequ’il n’avoit même fait après les massacres, de la réception Scpublication du Concile de Trente, Sc introduction de i’Inqui-lìtion ; que le Roi s’en est rendu, contre l’avis & Arrêt de sesParlemcns, ouvertement contredisons, auteur , fauteur Sc sol-liciteur envers eux, tant en général qu’en particulier ; qu’il a éle-vé les Jésuites, boute-feux de la Chrétienté , en tel orgueil, qu’ilsse sont fourrés jusques au plus creux du Cabinet, où ils minutentla confiscation des corps Sc des biens de ceux de la Religion , Scen sollicitent l’exécution autant qu’ils peuvent par tous les en-droits de son Roïaume ; qu’on a, par toutes sortes d’artifices,tâché de retrancher Sc abbaisler l’autorité Sc les moyens duditSeigneur Roi de Navarre , qu’on eût dû, vû les choses susdites,méritoirement accroître ; jusques à tenter tous moyens de luisuborner Sc soustraire ses meilleurs amis, leur défendant, fousgrandes menaces, d’avoir amitié avec lui, comme s’il étoit enne-mi du Roïaume : tellement que ledit Seigneur Roi n'a pu jusquesici gagner par fa modestie , patience , équité Sc intégrité, qu’unseul point ( mais qui lui est inestimable ) 3 c’est que par ces œu-vres