D E L A L I G U E. 349
quoi , qu'honneur, devoir, obéissance ? Tel étoic Auguste,fous lequel naquit Jesus-Christ, tel Tibère fous lequel il souffritpassion, tel Néron , qui martyrisa saint Paul tant d’autres ser-viteurs de Dieu , tels en somme tous les autres Successeurs lé-gitimes de PEmpire, à la puissance desqucls l’Eglise Catholi-que n’ordonna jamais de résister, quelque contrariété mani-feste de Religions qu il y eût entr’eux. Ce grand persécuteurdes Chrétiens, Antonin le Philosophe, n’avoit-il pas une lé-gion enticrc de Chrétiens en son Armée ? Quelle révérenceportoient les Chrétiens à Severe , qui se trouvèrent plus fidè-les en son endroit, que ceux-là même qui les condamnoient?Tant d’Empcreurs qui surent jugés hérétiques, depuis Constan-tin jusqu'à Léon IV , &c autres ensuivans ont-ils été privés deleur dignité pour cela? Mais quoi ! direz-vous, c’estune chosesi nouvelle de voir un Roi Huguenot, qu'il est du tout impos-sible de s’y accoutumer. Mais la nouveauté, cst-ce le vice dela chose même ? II est nouveau à un pauvre d’avoir sa Mai-son pleine de trésors , & ne s’accoûtumera-t-il point à les pos-séder ? II est nouveau pour la France , que les Huguenots com-mandent, mais il ne i’est pas pour l’Angletcrre, pour l’Ecoffe ,pour le Dannemark, pour la Navarre, pour plusieurs Princesd’Allemagne , pour plusieurs Républiques des Suisses. Ces exem-ples envieilliílent Le ratifient-ils pas allez cette nouveauté ? CesPeuples en ont pris le pli, & quelle roideur est la nôtre ? Clo-vis fut le premier Roi Chrétien ; étoit-ce pas nouveauté de sau-ter du Paganisme dans le Christianisme ? Ce Peuple qui n’é-toit pas encore bien instruit, se révolta-t il contre son Supé-rieur ? Et posons le cas ( qui n’est pas toutesfois decis ) quel’Huguenotisme fût quelque puante hérésie , le Roi qui en faitprofession, ne laisîc pas d’avoir son droit sauf & entier en sonEtat. Seroit-il de pire condition que ses propres Sujets ? Com-bien de Pais poffedent-ils en France, nonobstant leur Religion ?Quelle iniquité ícra-ce donc de lui ôter son bien propre , puis-que la même raison lui acquiert le même droit Que si vousvoulez faire la cause générale& interdire ses droits à un cha-cun pour ce regard , vous n’avez pas encore fait, la vanité devos travaux passés ne s’amendcra pas volontiers : & à tout rom-pre il faudra que les plus forts l’emportent, que la France nesoit désormais qu'u n brigandage ouvert , un cahos qui ne sedébrouillera jamais , un enfer horrible & ténébreux, & je nefais quoi de pitoïablc à tout le reste du Monde. Mais quel
* 593 -
Avirtissem,'av Roi.