DE LA LIGUÉ. 35.,
toujours été. C’est grand cas. O11 a toujours craint que quandvous viendriez à la Couronne vous forceriez les Catholiques àse départir de leur Religion, St c’est la belle & imaginaire cou-leur de leurs armes; mais quel exemple vous donnent-ilsà vousy vouloir induire, ou contraindre vous-même ? N’cíl-ce pasentreprendre ouvertement fur la légitime autorité que Dieuvous a donnée dans votre Peuple ? Vous trompez leur crainteen les assurant de votre protection. Que desirent-ils davantage ?Veulent-ils que vous décidiez en un moment, ce que vous & lesvôtres avez débattu par l’efpace de tant d’années ? Ils craignentde se perdre sous vous, eux qui fans vous étoient prêts à seperdre ; & ne craignent-ils pas l’horrible confusion qui pend furvotre Etat? Mais, Sire, il n’appartient qu’aux Rois dc conce-voir la générale utilité de leur bien ; tout le reste,pour la plupart,ont tant de particularités en tête , qu’il faut nécessairementqu’ils en entremêlent quelque choie ès considérations dugénéral. Tel vous couche de votre état, qui ne pense qu’aulien propre : tel craint la perte de la Religion , qui dans son amevoudroit assurer ses bénéfices; mais tel encore, Sire, vous prestedu changement, qui en seroit peut-être bien marri. Tous cesgens font personnes privées à votre regard, St vous , en quitoute la généralité de votre Roïaume repose, saurez très biendiscerner vos avantages St vos incommodités , comme de cequi est à vous en tout, St non pas comme de ce qui est à euxen partie.
On veut dire peut-être que le Catholique ne peut vivre aveci’Huguenot. Et d’où viennent ces humeurs fans humanité ? Quia semé cette ivraie dans notre champ, que l’ambition enragéedes pestes de la France ? Inexpérience n’est-elle pas toute con-traire à ces fantastiques impatiens St intraitables? Y a-t-il quel-qu’un parmi tous ceux qui vous pourront tenir ces propos , quin’ait en fa race, ou en fes alliances,quelqu’Huguenot avec lequel11 converse familièrement, avec qui il mêle franchement sesaffaires , à qui peut-être il se fieroit volontiers de fa vie Sc deson honneur ? Mais y en a-t-il bien en France qui ne soit en cerang que je demande ? Encore aujourd’hui dans vos VillesCatholiques qui font fous votre obéissance, l’Huguenot com-munique St trafique librement, fins trouble , fans passion quel-conque. De quel fiéau de furie sommes-nous donc battus , quenous nous acharnions de la forte à cette détestable barbarie,pour nous ôter la commune iociété de nous-mêmes ? Quelle dis*
Tome r, Y y
1591.
AvERTISSEAt,
au Roi.