MEMOIRES
1 593 *
S A T ï RMfNII'PÉE.
496
Harangue de Monsieur le Lieutenant (i).’Me S s I E U R S ,
Vous ferez tous témoins que depuis que j’ai pris les armespour la Sainte Ligue , j’ai toujours eu ma conservation en tellerecommandation , que j’ai préféré de très bon cœur mon inté-rêt particulier, à la cauíe de celui qui saura bien fc garder lansmoi, St fe venger de tous fes Ennemis ; même je puis dire avecvérité , que la mort de mes frétés ne m’a point tant outré, quel-que bonne mine que j’aie faite, que le désir de marcher fur leserres que mon Pere St mon bon Oncle le Cardinal m’avoienttracées, St dedans lesquelles mon Frere le balafré (r) étoit heu-reusement entré. Vous savez qu’à mon retour de mon expédi-tion de Guyenne , que les Politiques appellent Incagade , jen’effectuai pas en cette Ville ce que je peníois , à cause desTraîtres qui avertilToient le Tyran leur Maître , St nc tirai autrefruit de mon voïage , que la prise de l’Hériticre de Caumont (3),'que je destinoîs pour femme à mon Fils. Mais le changementde mes affaires m’cn fait à présent disposer autrement. Davan-tage, vous n’ignorez pas , que je ne voulus point engager monarmée à aucun grand exploit, ni siégé difficile, ( en quoi toutes-fois Castillon ^4) me trompa, quejepcnsois emporter en troisjours ), afin de me réserver plus entier pour exécuter mes Catholi-ques desseins. Quant à mon armée de Dauphiné , je lui sis tou-jours faire alte , St me tins aux écoutes, pour attendre si auxEtats de Blois vous auriez affaire de moi. Mais les choses y aïancpris le contrepied de'nos souhaits St attente, vous vîtes en quellediligence je vous vins trouver en cette Ville , St avec quelle dex*itenté mon Cousin le Connétable d’Aumale, ci présent 3 sitpréa-lablement descendre l’esprit de la Ligue en hâte sur une partiede Messieurs de Sorbonne. Car auffi-tôt dit, auffi-tôt fait. Etde là font procédés tous nos beaux exploits de guerre ; de là
(1) Charles de Lorraine, Duc de Maycn- né. D'Aubray en parle dans fa Harangue*ne, second fils de Erançois, Duc de Guise ou plutôt celui qui a composé cette Haran-& d’Anne d’Elf. gue sous le nom de d’Aubray : elle fut ma-
(1) Henri de Lorraine, Duc de Guise, riée au Comte de Saint Paul. Elle étoit fillerué aux Etats de Blois le 13 Décembre de Geoffroy de Caumont , Seigneur Hu-J 588. guenot, à qui Jules Scaliger écrivoit sou-i
(3) Elle fut enlevée par ordre du Duc du vent.
Maine , pour la faire épouser à son fils aï- (4) C’est Châtillon fur laDordognc.
onç