DE LA LIGUE. 577 __
cn haine du légitime successeur * qui notoirement étoit Hu- 1593.
guenot. Et puis vous aviez les Prêcheurs 3 qui eussent déduit Satyremille raisons, pour persuader le Peuple que la Couronne vous M.mrriE.appartenoit mieux qu’à lui. L’occasion en étoit belle , fur lechangement d’unc lignée cn l’autre ; 8c combien que ce soitune même famille, 8c d’une même tige, néanmoins la distan-ce de plus de dix dégrès , où les Docteurs disent ceíler toutlien 8c droit de consanguinité , donnoit beau lustre ; encoreque le Docteur Laide a écrit que cette régie fallit ìn familiaÈorboniorum. Tant y a que vous aviez la force , & la faveur dutemps en main, de laquelle ne futés pas vous servir, ains, parune pusillanimité 8c couardise trop lourde 8c grossière , vousvoulu tes garder quelque modestie 8c forme de Loi civile, don-nant le titre de Roi à un pauvre Prêtre prisonnier ; combienqu’en toutes autres choses vous violiez impudemment toutesles Loix du Roïaume, 8c tout le droit divin des gens , naturel8c civil. Vous oubliâtes toutes les maximes des grands Maî-tres , en matière d’entreprise sur les Etats d’autrui, mêmementcelle de Jules César, qui disoit souvent pour excuse ces versd’un Poète Grec (1).
S’il faut être méchant, sois-Ie pour être Roi :
Mais au reste fois juste, 8c vis selon la Loi.
Vous eûtes peur de prendre le titre de Roi, 8c ne craigniezpas d’en usurper la puissance, laquelle vous déguisâtes aimequalité toute nouvelle , dont on n’avoit jamais oui parler enen France ; 8c je ne fais qui en fut l’Auteur, encore qu’on í’at-tribue au Président Brisiòn ou Janin; mais quiconque inventacet expédient, faillit aux termes de Grammaire 8c d’Etat. Onvous pouvoir donner le nom de Régent ou de LieutenantGénéral du Roi, comme on avoit fait autrefois , quand lesRois étoient prisonniers ou a biens de leur Roïaume. MaisLieutenant de l’Etat 8c Couronne est un titre inoui 8c étran-ge , qui a trop longue queue , comme une chimere contre na-ture, qui fait peur aux petits enfans. Quiconque est Lieute-nant , est Lieutenant d’un autre, duquel il tient le lieu, qui nepeut faire fa fonction , à cause de son absence ou autre empêche-ment ; 8c Lieutenant, est Lieutenant d’un autre homme ; maisde dire qu’un homme soit Lieutenant d'une chose inanimée,
(i) Euripide, dans ses Phéniciennes,
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