6zF MEMOIRES
——-— cet arbre n’a aucune odeur, non plus que la Ligue ; qu’il perd1 $93* aisément son fruit , comme a fait la Ligue ; qu’il reçoit toutes
Obsírv. no- sortes d’anturcs , comme laLigueareçu toutes sortes de gens,
Sat. mínip. 6e qu il ne dure gueres en vie , non plus qu a tait la Ligue, Leque la plus grande partie du fruit qui paroît du commence-ment, ne parvient point à maturité , non plus que celui de laLigue. Mais ce qui lui convient encore mieux , Le qui a beau-coup de conformité avec la Ligue , c’est le figuier des Indes,que les Espagnols mêmes ont nommé figuier d’Enfer. DuquelMathiol (i) dit, savoir pour vrai, que qui en coupe seulementune feuille , Le la plante à demi dedans terre, elle y prend ra-cine; puis fur cette feuille , croît une autre feuille; ainsi feuil-les croiíTans fur feuilles , cette plante devient haute comme unarbre, fans tronc , fans tige, lans branches , Le quasi fans ra-cines ; de façon qu’on la peut mettre entre les miracles dcnature. Y a-t’il rien si semblable 8e rapportant à la Ligue? quid’une feuille , 8e d'un petit commencement, est devenue pieçeà piece , d’une personne à autre, en cette grande hauteur oùnous l’avons vue ; 8e néanmoins par faute d’avoir un bon pied,8e une forte tige pour la soutenir, s'en est allée à bas au pre-mier vent. Ce n’est pas tout. Le figuier des Indes, appellé fi-guier d’Enfer, produit des fruits semblables aux figues com-munes , mais bien plus grostes, finiíEmt par le devant cn unecouronne ( ce font les propres mots de Mathiol, ) de cbuleurentre verte 8c pourprée; le dedans n’est qu'u ne poulpe, com-me en nos figues , mais pleine d’un suc si rouge , qu’il teint lesmains comme les meures , Lc fait uriner rouge comme sang ,dont beaucoup de gens ont peur. Avez-vous pas vu que la Li-gue a eu dc mêmes effets? ses fruits ont été gros, 8e plus en-flés que les communs ; 8c leur fin étoit une Couronne ; c’est àlavoir la Couronne dc France , à laquelle elle tendoit. La cou-leur en étoit verte 8e rouge; verte, pour la réjouissance qu’elleeut du feu Roi, dont elle a long-temps porté l'écharpe; 8erouge , tant pour fe marquer aux livrées des Espagnols , quepour le sang qu’elle vouloir épandre des bons François. Ce fi-guier d’Enfer est si fréquent en l’Iíle Espagnole, nouvellementdécouverte aux Indes , qu’un Auteur Italien dit que tout enest plein, Le qu’il y vient, comme par dépit, jufqu’aux coursdes maisons. II y a un autre Médecin Espagnol, nommé Jean
(i) PierrcAndré Matthiole, de Sienne, Médecin célébré , mort l an 1/77. Ses Ou-vrages font connus, surtout ce qu’il a écrit fur les plantes.