DELALIGUE. 29
Cour s’cvertue, les Gens de bien respirent. Si donc , Meilleurs,nous ne voulons du tout oublier la vertu Françoise, 6c mépriserla grâce que Dieu nous offre d’un Moïse , non pour nous me-ner auxdeserts, mais pour nous conserver en nos maisons, ennos biens , conserver la pudicité de nos femmes 6c filles ; la li-berté de nous 6c nos en tans ; il est temps ou jamais de fairequelque effet digne de François. Les chaînes íont forgées enEspagne, pour nous mener aux Indes à coups d’escourgcs ; lais-sant en proie aux plus faquins Espagnols tout ce qui nous estplus cher que la vie. Ces Veillaques font ja destinés pour se-mer par deçà de nouvelles Colonies avec nos femmes 6c filles ,pendant que misérables Esclaves , nous fouillerons les minesdes Indes , où ils ont destiné la jeunesse Françoise à porter lajuste punition d’avoir ( comme bâtards dégénérant de leurs An-cêtres) vendu par or 6c argent notre Patrie 6c liberté. Si vousen doutez, Messieurs, 6c de quelle façon i’Efpagnol traite ceuxqu'il subjugue , le Portugais vous en rendra témoignage , du-quel les principaux 6c plus célèbres de tous Etats , font en peude temps disparus, dont la feule mer peut rendre compte. Reli-sez, pour Dieu , Messieurs, l’Histoire des Indes écrites par Dom.Bartholoméo de Las Casas , Evêque Espagnol , imprimée àSalamanque en mil cinq cent cinquante-deux , 6c mise enFrançois , 6c imprimée en Ja Ville de Paris , par GuillaumeJulian en mil cinq cent quatre-vingt-deux , vous y verrez 1cnaturel de l’Espagnol au vif, lorsqu’il est au-deflus de ses deí-feins ; les cruautés y font fi exécrables 6c aliénées de l’humanité ,jufqu’à chastèr aux hommes ( bien que Chrétiens ) avec leschiens , comme l'on fait au Loup ; qu’il n’y a un seul des seizeTigres de Paris qui ne redoute cette Tyrannie. Et si ce n'estpour fa Patrie , du moins il fera touché de son particulier enson ame, 6c s’il a quelque restèntimens , que nonobstant la bon-ne mine , dissimulation , flatterie 6c pension de l’Espagnol, si letient-il pour un traître. Ceux du Roïaume d’Aragon, s’étant de-puis trois ans soustevés pour maintenir leurs privilèges seule-ment , comme il leur étoit permis par iceux au cas que leur Roiles voulut enfreindre, ont été traités à l’Efpagnole ; il en a faitmourir de toute forte d’états nombre infini, 6c jufqu’au Magis-trat de la Justice, exempts parleurs Loix de la Jurifdiction duRoi. Leurs privilèges font abolis , 6c a ce vieil Loup-Renardenfin planté une Citadelle dedans Sarragoffe , dont il cherchoitlong-tempsy a les occasions, n’aïant plus en toute l’Efpage ob-
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