DE LA LIGUE. 295 __
Bastions du côté du Fauxbourg de la Madeleine ; ordonna Sc 1595.établie la garde des portes en la Ville , entre les Habitans Sc pSoldats de la Garnison ; à savoir qu’il y auroit deux portes ,Beaune.l’une dcfquelles portes seroit gardée par les Habitans , Sc i’ati-tre par les Soldats : Sc cela fait, estimant s’être assuré du touten cette Ville-là, pour y constituer Sc établir l’extrémité defa fortune, & y íairc fa retraite , il s’cn retourna à Dijon avecdeux cens queues de Vins qu’il prit fur les Habitans , & qu’ilft traîner après lui à chars Sc charrettes , pour le mariage de faBelle-Fillc avec le Vicomte de Tavannc , qu il y alloit foleni-nifer ; Sc demeura là aífez de temps , comme en une pleinepaix , à y frire des Tournois Sc courre la bague , pendant queces pauvres gens de Beaune ploïoient fous son oppression quisc voïant ainíì travaillés en toutes façons de cette Garnisonqu’il leur avoit laissée , fe souvenant de la promesse par euxfaite à Sa Majesté , moïennant laquelle ils avoient eu cettetrêve , Sc jugeant Poccafion présente , Sc rnoïen de Pcxécutcrpar Papprochenrent de l’Arméc conduite par M. le Maréchal,dont ils avoient avis , députèrent un d’entr’cux vers le sieur deVaugrenan (1), commandant pour le Roi en la Ville de saintJean de Laune (2), à qui ils avoient créance pour le connoî-tre très fidele Serviteur à Sa Majesté , Sc savoir fait paroîtrepar de grands Sc signalés actes, asin de lui faire entendre leurrésolution d’accomplir Sc effectuer cette promesse , Sc d’y em-ploïer leurs vies, plutôt qu’ils ne réduisent Sc remettent leurVille en Pobéissance du Roi , Sc qu’ils n’y donnent entrée àM. le Maréchal, à ce qu’il l’en avertisse, Sc que jour leur soitdonné pour cette exécution Sc entreprise. Le Seigneur de Vau-grenan va exprès voir M. le Maréchal à cet effet, qui étoitlors à battre le Château de l’Abbaïe du Monsticr faint-Jean ,lui dit ce qui fe passoit du côté de Beaune. Et aïant fa parolefait entendre à ces Habitans , que M. le Maréchal fe rendroitprès de leurs portes le Dimanche 5 du mois de Février , fur lesdeux heures après midi, qu’en même temps ils prissent les ar-mes Sc chargeassent fur les Soldats, comme ils en étoient ré-solus Sc délibérés , Sc lui fissent ouvrir une porte de la Ville ,cependant que M. le Maréchal seroit marcher l’Armée contreChâteauneuí , feignant le vouloir assiéger, Sc de-là tourneroitvisage Sc iroit à eux. Le sieur Bellin, Maire, qui, à cette parole
(i)Baillet, sieur de Vaugrenan, '
(a.) Saint Jean de Lône.