MEMOIRES
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Conversionv e PierreCahier.
disoit, profession d’une vie 6c Religion réformée , lui qui dé-voie servir de lumière aux autres étant en Bearn , il devint amou-reux de la Dame Baronnesse d’Arroz, Dame de grands moïens,d’extraction noble , des mieux apparentées de tout le païs ; il lapoursuit en mariage : refusé, il persiste. Mais quoi? l’amout ouplutôt une paillon frénétique, qui lui est ordinaire , avoit éblouison esprit; la miscre de sa condition, l’inégalité toute notoirene le pouvoient détourner. Enfin , jugeant que la disormité d ucorps, plutôt qu'autre chose , fut cause de ce rebut : il se faittirer par un Peintre en un tableau , qu’il envoie à ladite Dame,( 6c qu’elle garde encore aujourd’hui) avec un visage frais 6cgaillard , la barbe rase , un chapeau gris , deux pendans auxoreilles, composés de rubis : estimant par tel moïeti gagner cel-le dont il reconnoiíToit l’esprit fort aliéné. La Dame, qui ducommencement prenoit du paísc-temps aux actions ridiculesde cet homme , ne pouvant plus supporter telles importunités ,le fit menacer par quelques siens pare n s : ce qui allentit ses pour-suites : V^crtitquc rnodum formidine fujìis. Lors de fa poursuite ,enquis fur la signification du tableau , il difoit que la couleur deson chapeau, montroit le travail auquel il étoit, Porei Ile per-cée , la servitude où il étoit, à l’cxemple des Serfs entre les Juifs ,lesquels après les sept années, pour signe de servitude perpé-tuelle, se faifoient percer l’orcille , 6c que le rubis déíìgnoit lefeu dont il étoit brûlé. Voilà, Monsieur , les actions recom-mandables de celui que vous élevez tant , lesquelles certaine-ment eustent apporté plus de récréation , représentées au Peu-ple fur un théâtre, que d’édisication en l’Eglife. En fa charge,il n’y a celui qui ne sache ses déportemens, avec combien derancune , d’envie , d’aigreur , il a vécu avec les Ministres sesconfrères. L’opinion qu’il avoir de lui-même , lui élevoit lecœur, & le rang qu’il tenoit , le rendoit insupportable, dontpar plusieurs fois il a été repris au Consistoire. Mais commel’ambition est ordinairement accompagnée d’avarice , ces deuxvices lui ont été comme péculiers. Ce seroit peu s’il étoit de-meuré ès simples termes de l’avaricc , qu’il n’eut été taché dusacrilege. Le degré qu’il tenoit chez Madame lui donnoit ladistribution des deniers , destinés pour saumoné des pauvres ,qui font grands , ( comme cette Princeste est débonnaire & li-bérale , & se dépouille souvent de ses commodités propres,pour subvenir aux nécessités des indigens ). Et qui ne fait lesmalversations qu’il y a commises ? les grandes sommes par lui