D E L A L I G U E. 4 or
pensent pouvoir garantir leur Eglise Romaine moderne, s’ils 1596 .ne foulent, par maniéré de dire , l’Ecriture aux pieds; 8c com- L>Abien qu’il faut qu’ils confestent malgré eux, que la parole deNoí.Dieu 8c une ferme créance en icelle est de l’csténce de l’Eglife,ou fa forme effentielle , comme l’ame du corps ; si veulent-ilsconduire cette ame par le corps , 8c donner plus d’autorité aucorps qu’à l’ame , voire , font si effrontés de dire 8c écrire, quece corps subsistèrent bien fans son ame. Car voici le beau lan-gage que tiennent ces beaux censeurs des Eglises réformées, 8cdéguifeurs de vérité : il nous faut, dit ce brave Cardinal Ho-sius, De exprejso Del verbo , mettre l’Ecriture à parc, qui estsujette à tant de diverses interprétations , 8c ne faut retour-ner à ces pauvres rudimens , c’est peine perdue de s’y amuser :car il faut être enseignés de Dieu , 8c non de l’Ecriture.
Mais, fur tous, de n’agueres s’est levé en France un espritthéologal, 8í nouveau censeur, qui s’en fait bien accroire ; 8cnonobstant qu’il faste profession d’enfeigncr trois vérités, pasune d’elles ne lui a donné tant d’affìirance, qu’il osât décla-rer son nom , ains comme s’il avoit l’anneau de Gygès, voit toutle monde , 8c pince tantôt l’un, tantôt l’autre , lans qu’on levoie , ce lui semble , ou qu’on sache qui il est. Or ce bon suppôtde vérité renverse premicrement en son livre troisième tout cequ’il avoit dit de bon aux deux précédens ; car aïant défini la Re-ligion être le service d’un seul vrai Dieu , qui s’est révélé à nous,îl veut ramener les hommes au service des créatures, concluantau troisième livre, que la vraie Eglise c’est la moderne Romai-ne , où il est notoire qu’on sert 8c invoque les créatures. Après ,aïant beaucoup discouru au deuxième livre des beaux avantagesde la Religion Chrétienne , 8c dit entr’autres choses , qu’elle aDieu pour auteur, qui s’est révélé en fa parole , 8c non pas leshommes ou inventions humaines : au troisième livre , il fondetoute l’autorîté de la Religion furies hommes, 8c furies décisionsde l’Eglife Romaine, 8í voici comme il dégrade l’Ecriture sain-te , c’est-à-dire, la parole du Dieu vivant, l’aïantun peu aupa-ravant amadoué de belles paroles. ( Nous disons , dit ce Rabi ,que l’Eglife 8c l’Ecriture, tous deux conjointement 8c ensemble,font réglé 8c juge très autentique, très certain 8c très parfait detout doute 8c affaire , en matière de Religion ). Peu après voiciles soufflets que cet homme eshonté donne à la parole de Dieu :
( que fans icelle on peut être Chrétien : que l’Ecriture est unechose morte, qu’elle ne fe remue 8c ne s’explique point).
Tome VI. Eee