DE LA LIGUE.
D I S C O U R S
S*9
1 597*
Réduction
d'Amiens.
Sur la Réduction de la Ville d'Amiens (i).
C^E n’est point le bon Démon de la France , ni la foule detous ces Dieux tutélaires reconnus de la superstitieuse antiquité,qui ont sauvé l’Etat ; c’est le bras du Tout-puilTant protecteurdes justes Monarchies. Le coup qu’il vient de frapper en la ré-duction d’Ámiens , fait voir clairement à tous le foin très par-ticulier qu’il en a. Ceux qui difeouroient de ce íîcge publioientcoût haut, que là se manioit le destin de la France , que dusuccès dépendoit son salut ou sa perte, qu’il yalloit, ou de no-tre servitude, ou de notre franchise. Dieu enfin s’est laiste tou-cher aux vœux des vrais François,les a remis en leur héritage,& n’avoulu permettre que la Croix rouge triomphât des Fleurs de Lys.Ingrats serions-nous si nous n’avions un éternel souvenir dece grand bénéfice ; non pour lui immoler par chacun jour deshécatombes , faire fumer ses autels de nos sacrifices , y brûler lamyrrhe & l’encens ; ce n’est pas ce qu’il demande de nous ;mais en lui offrant fans ceffe un cœur contrit & humilié , uneame vraiment pénitente , & touchée de l’horreur de fa faute.C’est par-là qu’il veut être fléchi : & quand nous le ferons , ilest le Dieu des armées , ne doutons point qu’il ne combatte aufront des nôtres, qu’il ne mette le Soleil, le vent èc la poussièreaux yeux de nos Ennemis : bref qu’il ne nous arrive comme auxenfans d'Israël , qui étant en fa grâce ne pouvoient être vain-cus ; maisaussi-tôt qu’ils la perdoient par leurs péchés , aussi-tôtétoient-ils la proie de tous leurs voisins. Retournons donc ànotre Dieu, & grands, &C moïens, & petits ; faisons notre paixavec lui , afin qu’il nous la donne entre les hommes ; recon-noiíîons que pour l’avoir abandonné , tous les fléaux de son ireont été déploies fur nous ; qu’étant déchus de fa grâce , noussommes quant & quant tombés en toutes sortes de misères, ÔCcn un abîme vraiment de toute espece de confusion. Le mé-chant se rira de ce discours , s’imaginera pour cause premicre den os maux , non nos péchés ; mais ou ce torrent rapide des cho-
(i)Ce Discours est l’ouvrage d'un honvrie sensé. Il est plein de ces vérités, dont ilseroit à souhaiter que tous les Souverains fuilent assez persuadés pour les réduire en pratique.
Tome VI. X x x