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Tome premier.
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que le peuple a le nécessaire. En général, làoù l’on trouve les fortunes les plus immen-ses , on rencontre l’indigence la plus profonde ;& là où il y a le plus de riches, il y a aussi leplus de pauvres. Cette proposition pourroit íèdémontrer aisément par le raisonnement si lesgrandes villes n’en fournissoient pas les doulou-reux exemples. Mais je m’écarte de mon sujet 5car je voulois réjouir les cœurs sensibles, en leurapprenant que le peuple est généralement au-jourd’hui plus heureux à Geneve qu’il ne l’étoitdans le tems de la réformation & dans ceux quile suivirent. Cependant, comme les détracteursde leur siecle pourroient imaginer que j’ai vouluglisser un paradoxe absolument faux pour lesfronder, je vais donner quelques-unes des preu-ves qui me paroissent établir fa vérité.

Je ne parlerai point de nos qualités morales ;je dirai seulement que la masse des hommeschange plutôt de vices & de vertus qu’elle ne de-vient meilleure ou plus mauvaise , 8í que íùr cepoint, comme sur tant d’autres , la mode a laplus grande influence ; cependant je croirai bienque rhomme , considéré dans la société, est plusheureux avec nos vices & nos vertus qu’avec lesvices & les vertus de nos peres : il y a certaine-ment plus d’aménité dans le commerce , plusd’égards dans l’extérieur , plus de déceyce dans

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