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Tome I.
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144 HISTOIRE DE, POLYBE,

vaisseau , Sc s’échapa d’un si grand péril.

Je soupçonnerais très-fort le fait des Carthagi-nois sor l’infbrtune de Xantippe, si on ne les ac-cusoit d’une perfidie infiniment plus odieusepluscruelle Sc plus atroce que celle dont je viens deparler. ‘C’est T ive- L ive qui nous l’apprend, ne lècroira-t-on pas suspect ?, ll Test infiniment sur far-aude dés Carthaginois, - il ne Test pas moins furcelui des-Gaulois:- jé rie sscns'huhiri Auteur ayantlui qui en ait fait mention.' Zonâras & Díqdóre-en parlent, me dira-t-on, mafè’se'es'deux Histo-riens ont écrit un aise L long espacé- après Tite-Live. II se peút qu’ils aient puisé tous les deuxdans celui-ci, ou ils se seront suivis , sons s'in-former plus amplement de la vérité de la cho ■se: encore les deux ■ Auteurs ne sont pas d'âc 1 -cord à l’égard du tems , voici le soit selon quèFreinshemius le rapporte.

11 dit que les soldats étrangers , dònt lct, -Car-thaginois -s’étoient servis pendant cette guerre ,aiant demandé avec un peu trop de hauteur la ré-compense delèurs services , ils leur firent'enten-dre qu’il y avoir des fonds-ailleurs qui leurétoicntdestinez, pouf leur donner des marques de leurreconnoiífonce. Ils les firent embarquer, avecun ordre secret au Commandant de la- 'flotte deles débarquer dans une Ifle déserte, 6c de les a-bandonner à leur misérable fortune- Ils y fu-rent mis, 8c ils y périrent tous de faim 8c demiíëre. D’autres Auteurs prétendent que cetteaffreuse perfidie fut commise longtems aupara-vant, 8c lors de la guerre des Syracusoins contreCarthage.

On accuse les Républiques, avec beaucoup deraison, d’avoir-été de tout tems ingrates enversceux de leurs citoiens qui leur avoient rendu lesservices les plus signalez. Jamais aucune autreRépublique de l’antiquité n’a mérité de plusgrands éloges à l’égard de la charité & de la re-connoiflànce que celle d’Athénes. Où sont lesEtats d’où il ne sorte une infinité d’illustres mal-heureux? II n’en fut jamais aucun dans cetteRépublique, tant elle étoit généreuse 8c charita-ble. Les soldats cassez 8c rompus de vieillesse,ceux qui se trouyoient hors d’etat de servir parleurs blessures, ou par leurs infirmitez, leurs fem-mes , leurs enfans > leurs neveux mêmes , 8c lesveuves de ceux qui avoient été tuez à la guer-re, 6c les orphelins, étoient nourris 8c entrete-nus aux dépens du public, 8c même ceux dontles ancêtres en avoient mérité les. grâces. A-t-on jamais ouï parler d’un peuple plus noble,plusgrand,plus généreux, plus charitable 8c plus ma-gnifique dans les récompenses accordées aux ser-vices rendus? Rome l’a-t-elle jamais sorpaílëe,Hue dis-je, égalée íur ce point ? Et cependantcette Athènes, si digne de notre admiration,nefut pas exempte du reproche d’ingratitude à l’é-gard des grands hommes de toute eípéce, 8c deceux particulièrement à qui elle a dû fa gloire8c son solut. C’est soi ûn terrible revers de lamédaille.

Quei est le Lecteur qui ne se sente pas rem-

pli d’indignation en.liûnt le traitement qu’ellefit à Themistocle ? Après avoir défait l’armee in-nombrable des Perses près de Salamine, ne se vir-il pas dans la triste nécessité d’aller chercher unazile auprès de ce même Xerxès, qu’il avoir -dé-soit pour se délivrer des persécutions de son in-grate patrie, qui cherchoit à le faire périr ? Etce grand homme nieurt misérablement dans unpaïs étranger. Semblables à la plupart des Prin-ces 8c des Grands du monde, ces Républicains nepouvoíent souffrir que les Capitaines , qui leuravoient rendu les services les plus signalez , leuren fissent toujours mention dans leurs disoours.Ceux qui étoient fâchez d entendre souvent par-ler Themistocle de ses actions, 8c de tout ce qu’ilavoit soit pour la glaire 8c le solut de la Républi-que , peníoient tout de même que Sosie de Te-renCe, que de leur en parler si souvent, c’étoitpreíqúë féur reprocher qu’ils les avoient oubliez.Vous ne -vous lassez, pas > leur disoit ce grand hom-me , de recevoir du bien d’une même personne , &voué. vous lassez, de lui en entendre souvent par-ler.

Les: services de Miltiade fùrent-ils mieux re-connus que ceux de Themistocle ? Un an aprèsla bataille de Marathon, ce grand Capitaine estinjustement condamné à une amende qu’il ne pûtpaier, 8c meurt en prison.

Peut-on lire sons horreur leur ingratitude enversPhocion, le plus soge 8c le plus homme de biende son pais? Ne firent-ils pas le procès à huit deleurs Généraux après la bataille des Argineuses ,pour n’a voir pas enlevé 8c enterré les morts, quoi-que la tempête qui survint ne le permît pas?Quile croira? Ces huit Généraux vichorieux furent con-damnez, a mort par un même Jugement, dit Xeno-phon, (Je (ìx qui étoient pré/ens, exécutez,.

Les services d’Alcibiade rurent-ils mieux recon-nus que ceux des autres ? II fut accusé d’un cri-me qui ne fut jamais bien prouvé : l’on prétendoitqu’il étoit un de ceux qui avoient mutilé les sta-tues de Mercure. Ce peuple, ridiculement su-perstitieux 8c inquisiteur, par une extravagance àpeine concevable, après savoir mis au nombre dèsGénéraux destinez pour l’expédition de 1a Sicile»sons considérer qu’il étoit le seul de tous le pluscapable 8c le plus propre pour la conduite de cet-te guerre, le rappelle follement, avec ordre des’embarquer, loríqu’il étoit à peine arrivé, 8c dese rendre à Athènes pour se justifier, 8c se discul-per devant le peuple de l’injure faite à ce Dieu»qui étoit représenté à tous les coins des rues > ouà la porte de chaque maison, sous la figure d’unepierre quarrée ou cubique. 11 n’eut garde d’obéir»8c de se rendre dans un tel coupe-gorge, où l’°®ne fai&it aucune différence du soupçon du crimea la conviction, en matière de réligion : car detous les Etats du monde, Athènes íurpaflà les au-tres en superstitions les plus folles 8c les plus ex-travagantes, comme en injustices 8c en pieusescruautez : témoin la mort de Socrate, qui impas-se tout ce qu’on peut imaginer de plus infâme*Tout cela semblerait incroiable, si le barbare Tn-