LIVRE I.
bunal de l’Inquiíìtion d'Espagnc 8c celui de Por-tugal, encore plus furieux, ne nous faisoit voirquelque chòfè de plus affreux, 8c tout à fait op-posé àd’elprit de l’Evangile. Pour revenir à Al-cibiade, il jugea bien qu’on en vouloir à là vie;il se retira à Lacédémone , 8c de là auprès d’Arta-xerxès, comme avoir fait Themistocle, où il nefut pas plutôt arrivé, qu'il fit voir à son ingratepatrie combien il est; dangereux de pousser à boutun homme de cœur, 8c d’une habileté peu com-mune , qui peut se vanger avec éclat. Elle euttout lieu de s’cn repentir. Alcibiade lui fit unesi cruelle guerre, qu’elle fut trop heureuse de lerappeller, 8c de le voir revenir dans un tems oùeilepanchoit à fa décadence. Ce grand hommela remit dans L première supériorité j)ar ses vic-toires ; mais elle revint bientôt dans son état na-turel d’ingratitude 8c d’injustice : car après sa-voir délivrée des plus grands périls, on lui impu-ta la défaite d’un de tes Lieutenants, qui donnaUn combat contre ses ordres, 8c où il n’eut aucu-ne part. II fut obligé de s’éxiler lui-même , 8ccet exil volontaire fut la cause de son salut, 8ccelle de la perte de fà patrie. Thucydide repré-sente l'état pitoiable où les Athéniens se trouvè-rent réduits après l’éxil de cet excellent Chef deguerre.
Mais pourquoi aller chercher des preuves si é-loignées, pour faire voir que les Républiques ontété de tout tems ingrates envers les hommes dupremier mérite ? Athènes, Rome 8c Carthage n’é-xistent plus; mais Venise 8c la Hollande font en-core fur pied > 8c selon toutes les apparences , leseront un très-longtems, parce qu’elles sent plussages 8c plus équitables. Cette dernière Républi-que , sens parler de l’autre, nous pourroit fournirdes exemples d’ingratitude 8c d’inhumanité qui laflétrissent un peu. Plusieurs grands hommes l’ontéprouvé. Le crime de Barnevelt étoit un peu é-quivoque, 8c ceux qui furent exécuter, avant luin’étoient pas tous coupables; si Grotius, le pluscélébré 8c le plus grand homme de son tems , nese fût échapé de prison, il n’eût pas été éxemt dusupplice. Les deux frétés de Wit furent égor-gez * 8c déchirez, par la populace : quels services
* Mr. le Chevalier de Folard est trop équitable pourJf e guer un pareil exemple , s’il eût été mieux instruit.Ce fait ne prouve rien contre la République de Hollande,tomme il p a CI .ff, puisque les Souverains n’eurenc aucuneP Jrc a la mort des freres de Wit , & qu’il ne fut pas en‘“t pouvoir d’empêcher le massacre de ces deux illustresr °,nr, S ' Le peuple animé par les partisans de la mai-lon d Orange, immola à fa fureur ces zélez Républicains,comme touic le monde fait; & on ne peut charger le corpsde la République d’une action qui fit horreur à tous lessens de bien. Pour ce qui est du secret Hìjìerique queAuteur tient d un Colonel des troupes de l’Empereur,ous ne ferons pas difficulté de dire que cet Officier lui•p 1 -,?. 1 m pose fur toutes ces particularisez. Le feu Comte de1 b peutlui avoir ditqu ilétoic de garde le jour du massacrees stères de Wit, mais ce Colonel a ajoûeé le reste, com-, on peut s’en convaincre en lilant les Annules des Pro-*Unies par Mr. Bafnage. i°. Corneille de Wit n’é-,c point dans les prisons del’Hòtel de Ville, mais dansp t' r °ns de la Cour, ainsi l’ Escadron des gardes dévoie
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n’avoient-ils pas rendus à la République ? La mortde ces deux zelez Républicains me fait souvenird’un secret historique qui a, ce me semble, écha-pé aux Historiens qui ont écrit des affaires desHollandois *. je lc tiens d un Colonel des troupesde l'Empereur. Il me dit que le feu Comte dcTilli lui racontoit un jour, qu’étant de garde euce te ms-là sor la place des prisons de l’Hôtel deVille, où étoit un des de Wit,dont le frere devoirvenir le prendre en carofíè pour le mettre en li-berté, qu’étant là, dis-je, pour empêcher que lapopulace animée par ceux du parti du Prince d’O-range, ne lui fìt aucune insulte, ce Prince lui en-vola plusieurs ordres réitérez de se retirer avecson escadron, dans un tems où il paroiísoit qu’ildevoir y rester pour contenir une foule de peuplequi s’étoit assemblée fur la place. 11 soupçonnaquelque mauvais delsein , 8c comme il craignitqu’on ne lui imputât ce qui pouvoit arriver, il nevoulut jamais abandonner son poste qu’il n’eût unordre par écrit du Prince d’Orange. On fut obli-gé de lui en envoler un, qu’il eut la sage précau-tion de prendre 8c de garder : vingt-cinq ans aprèsles Messieurs des Etats, aiant réfléchi fur cettedémarche du Comte, lui en demandèrent la rai-son, 8c bien lui valut d’avoir encore cet ordre àmontrer: car fins cela, dit-il, je mefuísevûdansun très-grand péril de la vie, l’on ne parloir derien moins que de me faire mon procez. C’estune chose surprenante, de voir les plus grandshommes 8c les meilleurs Citoiens persécutez 8cexposez fins cesse, 8c perpétuellement, à la ragede leurs envieux, 8c mourir presque tous de mortviolente. Quand même on les accuseroit sor quel-que fondement, je veux même que leurs crimesfussent avérez, s’ils ne tendent pas à la tyrannie8c à l'oppression de la liberté , il me sembleroittrès-juste d’adoucir 8c de plier les loix en leur fa-veur , de les rompre même , plutôt que de s’yconformer ; car c’est en ce cas que l’extrême sé-vérité devient une extrême injustice. L’indulgen-ce en faveur des hommes extraordinaires, est plusutile à l’Etat que l'éxemple des châtimens. Lapremière change les coupables en les gagnant, 8cl’autre est moins capable de nous corriger, que
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être posté dans un autre endroit que celui où on le placepour contenir le peuple. L°. Le Prince d’Orange n’écoitpoint à la Haye, mais à la tête de l'armée, par consé-quent il ne pouvoit envoyer de si loin les ordres réitérezpour faire retirer la cavalerie. Le C.omte de Tilli quit-ta son poste fur l’ordre qu’il en reçut de quelques Dépu-tez des Etats, allarmez du bruit qui s’étoit répandu queles pécheurs de Scheveling & les pat fans de la campa-gne accouroient en grand nombre pour piller lft Haye &profiter de la confusion qui y régnait. Les ennemis deMrs. de Wit employerent cec artifice pour éloigner la ca-valerie, qui metcoic obstacle à leur dessein. 30. II est fauxque le Comte de Tilli ait jamais été recherché fur cettedémarche, & qu’il ait eu besoin de produire l’ordrequTlreçut de se retirer. Ces circonstances sent de l’inventiondu Colonel. Mr. Le Chevalier de Folard aime la vérité& il fait profession de la dire dans toutes les occasions;ainsi il ne peut desaprouver cette remarque. On auroirvolontiers retranché cet artille de fa note, si on eût oséprendre cette liberté sans fa permission.
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