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se reposent, & s’endorment très-profondément pour tout le reste de la campagne, fansrien faire, & fans tirer le moindre fruit de leurs victoires; & cette activité, qu’on re-marque d’abord en eux dans une action décisive, n’est qu’un feu de peu de durée quis’éteint & qui s’épuife. C’étoit le défaut du grand Annibal. On se souviendra ducompliment qui lui sut fait après la bataille de Cannes, il n’étoit pas fans fondement.Vincere scis Annibal , fed vitloria utì nefcis. Rien ne l’empêchoit de tirer droit à Ro-me , comme Adherbal, auteur du compliment, lui conseilloit après un si bon coup :s’il y eût marché, nes’en rendoit-il pas le maître? En prenant ce parti il se fût dis-pensé de donner par la suite tant de combats & tant de batailles, qui ne décidèrent ja-mais rien.
Gustave-Adolphe, un vrai Annibal, ne se rendit pas moins digne du compliment a-près la bataille de Lipsick : en allant droit à Vienne, il chaífoit l’Empereur, effraié &consterné de la déroute de son armée presque exterminée. Ferdinand n’avoit pas plusde troupes à lui opposer, que les Romains n’en avoient à Rome. 11 négligea de le fai-re. S’il eût couru à cette conquête, il se sût épargné une grande journée, très-belle& très-glorieuse, à la vérité, qui fut celle de Lutzen; mais il y périt: ce qui ne luifût pas arrivé, s’il eût profité de la précédente.
M. de Turenne disoit qu’il estimoit plus un Général qui conservent unpaïs, aprèsune bataille perdue, que celui qui l’avoit gagnée, & n’avoit pas sû en profiter. Ilavoitraison. Ceux de cette dernière eípéce ne sont pas rares. Apparaît nefcìre eos viíioridutì, dit Tite-Live; mais ceux qui poussent les avantages d’une victoire aussi loinqu’ilspeuvent aller, comme M. le Prince & M. de Turenne, ne so trouvent pas par tout.D’où vient cela ? C’est que ceux dont la hardiesse n’a point de bornes, ont l'esprit bor-né à cet égard-là, & que les autres, qui ont assez de génie, de capacité & d’expérien-ce, manquent de courage. II s’en trouve beaucoup encore qui voudroient entrepren-dre les choses hardies, mais très-peu qui osent les commencer, plutôt par ignorance quepar timidité : car la hardiesse, quelque grande qu’elle puisse être, n’est jamais dé-pourvûe de cette capacité qui nous fait voir la possibilité de la chose qu’on entre-prend.
II me semble pourtant qu’une victoire complette & décisive, qui laisse la campagnetoute nue, & íàns une ame ennemie qui y paroisse, devroit nous faire courir au loin &au large, & produire un débordement d'un bout à l’autre d’un païs qui se trouve sansaucune défense, ou nous mener à d’autres victoires : car une feule occasion est la sour-ce de plusieurs autres, rien n’est plus sujet à propagation, & rien ne doit être moinsnégligé. Une entreprise qui s'ossre à la fuite d’une autre, devient plus aisée à éxécu-ter, quoique plus difficile que ne l’a été la première; c’est un sujet de crainte, de ter-reur & d’étonnement au vaincu, & cette opinion applanit les difficultez, & léve tousles obstacles.
Carthalon étoit un de ces hommes rares dont j’ai parlé plus haut. II surprend la flot-te Romaine, enlève quelques vaisseaux, en brûle un nombre d’autres : il eût brûlé I etout, si l’armée de terre ne fût venue au secours ; il laisse l’assaire indécise, parcequ’ilne put la pousser plus loin. II court à une autre que la fortune lui offre, & en vientà bout: voilà qui est d’un Capitaine qui a le génie, la capacité & le courage de saisitles occasions qui se présentent.
^Se servir de l’occasion est une marque infaillible de l’habileté & du courage d’un Ge-neral d’armée. L’occasion, dit Tacite, est la mère des grands événemens. Opportti'nos magnìs conatibtts tranjìtus rernm. En esset une victoire décisive & complette npu§conduit à une foule d’entreprifes & de grands desseins, qui résultent tous de la prenaie'