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Tome I.
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LIVRE I CHAP. XII. ií>t

rs victoire. Si nous nous en tenons à la maxime de César, quoi de plus aisé que dela mettre à profit ?

Une armée n’est pas abimée & anéantie pour avoir perdu & abandonné le champ debataille, son canon, ses morts, ses blessez & ses équipages. Ceux qui fuient à traversles campagnes ne sont pas morts; ils sont dissipez aujourd’hui, ils peuvent se réunir de-main, trois ou quatre jours après, quinze ou vingt, si l’on veut, se rallier, repren-dre de nouvelles forces, de nouvelles espérances, & revenir plus mauvais & plus réso-lus qu’auparavant, par la honte de leurs défaites, ou par 1 adresse de leurs Généraux.Que ne faut-il pas pour rendre une bataille décisive & complette ? Elles ne le sont pres-que jamais. On voit l’ennemi en fuite, atterré, vaincu, foulé aux pieds. II se relè-ve en peu de tems, on diroit que le victorieux n’a marché que fur des ressorts. L’a-Vanture surprenante des Ducs de Weimar & de Rohan dans la plaine dé Rhinselt parles Bavarrois, est une preuve bien démonstrative que le vaincu qui fuit n’est pas un ê-tre anéanti, & que les trophées érigez fur un champ de bataille ne font pas toujours delongue durée. Weimar & Rohan, les deux plus grands Capitaines de leur siécle,per-dirent tout ì cette malheureuse journée, hors le courage & la confiance de leurs sol-dats, ausquels il ne resta que leurs seules armes, & le désir d’avoir leur revanche. C’estbeaucoup, lorsqu’ils ont à leur tête des Généraux vifs, hardis & braves, & à qui lacervelle ne tourne pas aisément. Une partie de cette armée avoir été prise, ou tailléeen pièces: l’autre s’ensuit, & ne borna sa course qu’à cinq ou six lieues du champ debataille. C’est là que le Duc de Weimar recueillit les tristes débris de son armée. LeVoilà désolé. II se voit sans vivres, fans équipages, fans munitions : en un mot ré-duit dans l’état du monde le plus désespérant. Que faire ? Que devenir ? Le Duc deRohan, l’homme du monde le plus fécond en expédieras & en ressources hardies & vi-goureuses, lui dit qu’il n’y a rien de désespéré avec de si braves soldats. II propose àWeimar'de remarcher aux ennemis. Celui-ci goûte cet avis, qu’il trouve digne de soncourage, de fa vertu, de l’extrémité où il fe voioit réduit. On sonde la volonté desOfficiers des corps, & ceux-ci celle des soldats : ils répondent tous unanimement, q u’ilssont prêts à tout faire. On les rallie, & chacun joint son drapeau : l’on force unemarche de nuit avec une incroíable diligence. On arrive au point du jour fur l’enne-mi, qui ne s’attendoit à rien moins qu’à une telle visite: on le surprend, & sons luidonner le tems de se reconnoître, il est attaqué & battu sans presque aucune résistance:tout s’ensuit, tout s’en va, & rien ne demeure : le canon, les bagages, les munitionsde guerre, rien n’échape à l’avidité du vainqueur. A-t-on jamais ouï parler d’un évé-ne ment semblable? Je m’étendrai plus particulièrement fur cette bataille, lorsque l’oc-Ca sion s’en présentera dans le cours de cet ouvrage. L’esquisse, que j’en donne ici,11 est que pour faire voir aux gens du métier que la perte de la plupart des batailles estPlus dans l’opinion que dans la chose même ; les hommes braves, audacieux & enten-dus , s’élévent dans les plus grandes infortunes, bien loin d’y succomber : rien ne man-tjue où il y a du courage.

' Si le Maréchal de Boufflers eût été de l’humeur du Duc de Weimar, après la per-te de la bataille de Malplaquet, si tant est qu’une bataille obstinément soutenue, cédéee nfin sons perte, & qui ne finit que par la blessure du Général, & la lachete de quel-ques corps qui abandonnent leurs postes, peut être mise au rang des batailles que l’onne peut revendiquer: si, dis-je, le Maréchal de Boufflers, un des plus braves hommes,& le meilleur Citoien que la France ait jamais eu, sons écouter les conseils de certainesPersonnes, dont l’excès de prudence étoit un effet de nos infortunes passées, eût marché-quelques jours après cette bataille droit aux ennemis qui affiégeoient Mons > il les