L I V R E I. CHAP. XIII.
para d’Ercte, place située sur le bord de la mer entre Eryce & Paíér-me, & très-commode pour y loger une armée même pour longtems.Car c’est une montagne qui «'élevant de la plaine jusqu’à une aílèz gran-de hauteur est escarpée de tous cotez, & dont le sommet a du moinscent stades de circonférence. Au dellòus de ce sommet tout autour, estun terrain très-fertile, où les vents de mer ne se font pas sentir, 8c oùles bêtes venimeuses font tout à fait inconnues. Du côté de la mer, 8cdu côté de la terre, ce font des précipices affreux, entre lesquels cequ’il reste d’eípace est facile à garder. Sur la montagne s’éleve encoreune butte qui peut servir comme de donjon, 8c d’où il est aisé d’obíèr-ver ce qui se paílè dans la plaine. Le port a beaucoup de fond, 8c sem-ble fait exprès pour la commodité de ceux qui vont de Drépane 8c deLilybée en Italie. On ne peut approcher de cette montagne que partrois endroits, dont deux font du côté de la terre, 8c un du côté de la
mer, 8c tous trois fort difficiles.
importance pour l’instruction de lès Lecteurs,qu'il nous la donnât dans toute l’éxactitude, nonfeulement d'un Géographe , mais encore d’unhomme de guerre. Cette description n’a aucunrapport à ceue de Baudrand dans son Dictionnai-re Géographique. 11 dit qu’à deux milles de Dré-pane, ou Trapani, il y a un bourg appelle Trapa-ni-Vecchio, où l’on prétend qu’étoit l’ancienne villede ce nom, qui portoit anciennement celui d’Erix >tujjï-bien que la montagne. Baudrand lè trompebien fort. Notre Auteur distingue l’une de l’au-tre, puiíqu’il place Erix entre Drépane 8c Paler-stie. Elle étoit célébré par deux endroits,par unTemple fameux dédié à Venus, qu’on appelloitErycine, 8c par la guerre d’Amilcar Barcas, peredu grand Annibal, contre les Romains. II s’etoitcantonné dans ce poste 8c fur la montagne > où ilmit en œuvre tout ce que l’art a de plus profond,plus fin 8c de plus rusé. Je ne pense pas qu’ilsoit rien vû ni pratiqué de pareil à la guerre,& de plus digne de l’admiration des connoilseurs ,quoique ce grand homme íòit admirable dans tou-fes íès guerres.
Il roula lès ennemis par tant de méthodes dif-férentes, 8c par tant de chicanes pendant le cours<5° trois années, qu’il mit à bout leur patience : deferte qu’ils n’étoient guéres plus avancer 1e der-nier jour, que la paix le fit, que le premier deCette guerre. C’est en cela seul que je trouve E-ftx recommandable : car pour ce qui regarde IonTemple : c’est un conte à renvoieraux Juifs, com-^e dit Horace, une fable dont Polybe ne fait au-cune mention : car il est rare de le voir donner àfjavers de ces fortes de légendes. Le Lecteur nefera peut-être pas fâché de lavoir ce que c’est queconte. Il est juste de le làtisfaire. Entre leschoses rares qui distinguoient le Temple qu’a-Voit Dame Venus Iùr la montagne d'Eryce, on
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Ce fut dans ce dernier qu’Amilcar
vint
admiroit le grand Autel,íùr lequel, quoiqu’il futtout à découvert, la flamme lè coníèrvoit nuit8c jour , íàns que l’on vît nr brailès , ni cen-dres, ni tisons; fans que la rofée lè lecliât , 8eque les herbes discontinuassent de renaître toutesles nuits.
Le Paganisme avoit ses béats, lès dévots 8c fereontrouveurs de miracles 8c de prodiges. Les reli-gions les plus ridicules 8c les plus folles, sont cel-les qui ont le plus de besoin de ces sortes d’étais,8c de fraudes pieuíès. C’étoit un grand soulage-ment pour les Prêtres des Dieux. J’aurois crûque cette fonction leur appartenoit en propre;mais je vois que tout le monde s’en mêloit, 8cs’érigeoit en créateur de miracles pour réchaufferla dévotion , la libéralité 8c la crédulité des peu-ples. Et Dieu lait quels miracles. Sur une col-line proche d’Agrigente , on mettoit sor l’Auteldes làrments verts, 8c le feu y prenoit delui-mê-me feu si doux 8c si bénin, que- quoiqu’il lè jet-tât fur les aíìistans, il n’incommodoit personne.En Lydie dans deux villes il y avoit un Temple,où dans une Chapelle on voioit sor l’Autel descendres d’une façon particulière ; un Magicienentroit là une tiare autour de la tête , 8c aiantmis du bois sor le foier, après quelques prières,une flamme brillante fortoit du foier lans quel’on eût mis le feu au bois. Ne voilà pas degrands miracles ? II n’y a pas aujourd’hui de pe-tit Physicien qui ne soit capable d’en faire au-tant avec les deux sortes de Pholphore. Je m’é-tonne que les Prêtres Grecs ne s’avifent pas decet expédient, pour faire du feuaux fêtes de Pâ-que dans leur Chapelle du S. Sépulcre. Cela lè-roit plus ingénieux 8c plus imposant que de bat-tre fous la custode un fusil qui peut quelquefoisêtre mauvais, 8c les exposer a des railleries désa-gréables.
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