Bataille
d’Eguse.
198 HISTOIRE DÊ POLYBE,
jusqu’à ce que s’étant joints l'un l’autre, ils se soient meurtris à coupsde bec, & que l’un des deux ait remporté la victoire ? Des combatspresque continuels avoient réduit ces deux Etats à l’extrémité, de gran-des dépenses continuées pendant longtems avoient épuisé leurs finances)cependant les Romains tiennent bon contre leur mauvaise fortune. Quoi-qu’ils eussent depuis près de cinq ans abandonné la mer , tant à causedes pertes qu’ils y avoient faites, que parce que les troupes de terre leurparoiíîòient suffisantes : voiant néanmoins que la guerre ne prenoit pasle train qu’ils avoient espéré, & qu’Amilcar réduisoit à rien tous leursefforts, ils se flattèrent qu’une troisième flotte seroit plus heureuse queles deux premières, & que si elle étoit bien conduite elle termineroit laguerre avec avantage. La chose en effet eut tout le íuccez qu’ils s’é-toient promis. Sans sc rebuter d’avoir été deux fois obligez de renon-cer aux armées navales, premièrement par la tempête qu’elles avoientessuiées au sertir du port de Païenne, & ensuite par la malheureuse jour-née de Drépane, ils en remirent une troisième sur pied, qui fermantaux Carthaginois le côté de la mer par lequel ils recevoient leurs vivres,mit enfin la victoire de leur coté, & finit heureusement la guerre. Orce fut moins leurs forces que leur courage qui leur fit prendre cette ré-solution. Car ils n’avoient pas dans leur épargne dequoi fournir auxfrais d’une si grande entreprise. Mais le zélé du bien public , & la gé-nérosité des principaux Citoiens, suppléa à ce défaut. Chaque parti-culier selon son pouvoir, ou deux ou trois joints ensemble, se char-gèrent de fournir une galère tout équipée, pourvu seulement que la cho-se tournant à bien, on leur rendît ce qu’ils auroient avancé. Par cemoien on assembla deux cens galères à cinq rangs, que l’on construisitfur le modèle de la Rhodienne, & dès le commencement de l’Eté C.Lutatius aiant été fait Consul, prit le commandement de cette flotte. Haborda en Sicile lorsqu’on l’y attendoit le moins, se rendit maître duport de Drépane, & de toutes les baies qui sont aux environs de Lily-bée, tous lieux restez fans défense par la retraite des vaisseaux Cartha-ginois, fit ses approches autour de Drépane , & disposa tout pour lesiégé. Pendant qu’il faiseit son poíîìble pour la serrer de près , pré-venant que la flotte ennemie ne tarderoit pas à venir, & aiant toujoursdevant les yeux ce que l’on avoir pensé d’abord, que la guerre ne fini'roit que par un combat naval; sans perdre un moment, chaque jour ildreslòit son équipage aux éxercices qui le rendoient propre à son dessein,Sc par son assiduité à l’éxercer dans le reste dans la marine, de simpl eSmatelots il fit en fort peu de tems d’excellens soldats.
Les Carthaginois fort surpris que les Romains osassent reparoître su smer, & ne voulant pas que le camp d’Lryce manquât d’aucune des mu-nitions néceíïàires, équipèrent fur le champ des vaisseaux, & les aiantfournis de grains & d’autres provisions, ils firent partir cette flotte, dontils donnèrent le commandement à Hannon. Celui-ci cingla d’abord
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