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Tome I.
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LIVRE l. C H A P. XIII*

Vers l’Istc d’Hiére, dans le dessein d’aborder à Eryce fans être apperçûdes ennemis, d’y décharger ces vaislèaux, d’ajoutcr à son armée nava-le ce qu’il y avoit de meilleurs soldats étrangers, & d’aller avec Amil-car présenter la bataille aux ennemis. Cette flotte approchant, Luta-tius aiant pensé en lui-même quelles pouvoient être les vues de l’Ami-ral , il choisit dans son armée de terre les troupes les plus braves & lesplus aguerries, & fit voile vers Eguse, Isle située devant Lilybée. Làaprès avoir exhorté son monde à bien faire, il avertit les Pilotes qu’ily auroit combat le lendemain matin. Au point du jour volant que leVent favorable aux Carthaginois, lui étoit fort contraire, & que la merétoit extrêmement agitée, il hésita d’abord fur le parti qu’il avoit à pren-dre- mais faisant ensuite réfléxion, que s’il donnoit le combat pendantee gros tems, il n’auroit affaire qu’à l’armée navale, & à des vaiílèauxchargez : qu’au contraire s’il attendoit le calme, & laiíïòit Hannon sejoindre avec le camp d’Eryce, il auroit à combattre contre des vaiílèauxlégers, contre l’élite de l’armée de terre 5 &, ce qui étoit alors plusformidable, contre l’intrépidité d’Amilcar; toutes ces raisons le déter-minèrent à saisir l’occasion présente. Comme les ennemis approchoientà pleines voiles, il s’embarque à la hâte. L’équipage, plein de forceSt de vigueur, se joue de la résistance des flots, l’armée se range surUne ligne, la proue tournée vers l’ennemi. Les Carthaginois arrêtezuu paíìage, ferlent les voiles, & s’encourageant les uns les autres , enviennent aux mains. Ce n’étoit plus de part ni d’autre ces mêmes flot-tes qui avoient combattu à Drépane, & par conséquent il falloit que lesuccès du combat fût différent. Les Romains avoient appris l’art deconstruire les vaiílèaux. De la cargaison ils n’avoient laiíse dans leursbâtimens que ce qui étoit nécessaire au combat, leur équipage avoit étésoigneusement éxercé, ils avoient embarqué l’élite des soldats de terre,gens à ne jamais lâcher pied. Du côté des Carthaginois, ce n’étoit pask même chose. Leurs vaisseaux pesamment chargez étoient peu pro-P r çs à combattre, des rameurs nullement éxercez & pris comme ils s’é-toient présentez, des soldats nouvellement enrôliez & qui ne savoienttr »core ce que c’étoit que les travaux & les périls de la guerre. Ils comp-ilent si fort que les Romains n’auroient jamais plus la hardiestè de re-quit fur mer, qu’ils avoient entièrement négligé leur marine. AusiìîUrent-ils le défions presque de tous cotez dès la prémiere attaque. Cin-quante de leurs vaiílèaux furent coulez à fond , soixante &c dix furentPsis avec leur équipage, & les autres n’eustènt pas échapé , si le vent,^nant heureusement à changer dans le tems même qu’ils couroient leplus de risque, ne leur eût donné moien de se sauver en l’Ifle d’Hiére.

e combat fini, Lutatius prit la route de Lilybee, où les vaisseaux qu’ilav °h gagnez & les prisonniers qu’il avoit faits au nombre de dix mille,.° u peu s’en faut, ne lui donnèrent pas peu d’embarras..

OBSER-