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Tome I.
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L I V R H I. C H A P. XIII. 109

Ituse, & pour ôter tout sujet de critique, Barcas auroit dû tout hazarder, s’il le pou-Voit fans risquer un poste qu’il lui importoit si fort de conserver : or il est probablequ’il y avoir plus de faites fâcheuses à craindre en l’abandonnant qu’en perdant le con-voi. Outre qu’il n’étoit pas assuré de le rencontrer, il s’exposoit a un péril évident detomber fur la route des Romains, qui se fussent trouvez íi supérieurs a lui, qu il nepouvoir éviter d’être battu. Pour moi je crois qu’il fit beaucoup plus prudemment deconserver son poste, que de s’exposer à le perdre & à se faire battre, s’il rencontraitplutôt l’ennemi que le convoi ; & s’il fût arrivé plus tard, il l’eût trouvé battu & dis-sipé, sans pouvoir éviter d’être défait lui-même. Ajoutez à tout ce que je viens de di-re, que non seulement le même vent qui poussoit Hannon à Eryce, lui étoit contrairepour le joindre ; mais qu’il étoit encore très-incertain, si suivi du victorieux, & obli-gé de gagner Eryce, il y trouverait un azile; caries Romains n’eussent pas manquéd’attaquer cette ville en son absence, la trouvant affoiblie par le détachement des trou-pes qu’il auroit été obligé d’en tirer pour aller au secours. Je conclus de la qu il fit fortbien & fort prudemment de rester dans ion poste, car s’il l’eût perdu, les conditions dela paix eussent été bien moins supportables aux Carthaginois q u’elles ne le furent. Quoi-qu’il en soit de cette conduite de Barcas, il n’y a personne du métier qui ne convien-ne, qu’elle se peut plus pleinement justifier que celle de deux Amiraux de nos jours.Le fait est très-propre à mes remarques, rapportons-le à quelques circonstances près quenous écarterons, pour imiter le Jésuite Hôte, beaucoup plus politique que moi, lors-que certains faits peuvent incommoder certaines gens, qui n’aiment pas qu’on leur met-te devant les yeux ce qu’ils s’imaginent que tout le monde ignore.

Le combat de la Hogue a fait trop de bruit dans le monde pour être ignoré, c’estune époque très-remarquable : l’on peut dire que nous fumes malheureux, mais non pasvaincus, de l’aveu même de nos ennemis. Le Roi supporta plus constamment la pertede quatorze vaisseaux, qui faifoient ce qu’il y avoit de plus redoutable dans notre ma-rine, que ne fit Auguste celle de ses légions les plus favorites. Nous neíérons que glis-ser sur ce combat, notre dessein étant d’en rapporter seulement les circonstances les pluscapitales, & de les accompagner de quelques remarques, qui ne seront peut-être pas inu-tiles.

Jamais la France n’arma si puissamment que cette campagne, & ne se servit moins deses forces. Le projet étoit une descente en Angleterre; nous avions vingt mille hommesfur la côte tout prêts à s’embarquer, & le Roi Jacques à la tête, que la mauvaise for-tune n’abandonna jamais. Le Comte de Tourville étoit à Brest, un des premiers hom-mes de mer & des plus déterminez que la France ait eu. Il n’attendoit pour se mettreen mer, sinon que l’escadre du Comte d’Etrces, qui venoit de Toulon à Brest, fût ar-rivée; elle arriva en effet fort peu après le départ du Vice-Amiral, elle eût dû ne point^lâcher ; elle relâcha pourtant, & la raison m’en est inconnue.

L’avis de Tourville étoit de ne pas démarrer que l’escadre de la M éditerranée ne l’eûtJoint. II n’avoit que quarante-quatre vaisseaux de ligne contre quatre-vingt-huit de mc-ttie force de la flotte combinée des Anglois & des Hollandois, qu’il étoit dangereuxd’attaquer avec des forces si médiocres ; mais comme cet Amiral avoir des ordres précisde la Cour de mettre à la voile fans délai ni excuse, il fallut qu’il s’y soumit. On nefait que penser d'une conduite si impatiente. On prétend que nous avions une intelli-gence toute formée dans la flotte Angloise, dont la plus grande partie devoit fe tournerde notre côté. Je serois presque tenté de le croire, par les ordres donnez au Maréchal;Câr comment fe peut-il que quarante-quatre vaisseaux aient ordre d’en attaquer quatre-vingt-huit, si l’on n’eût compté fur quelque complot? S il y en avoit un il étoit doncdouble. Quoiqu’il en soit, M. de Tourville trouva les ennemis dans la Manche, quiLow. /. D d lui