LIVRE I. CHAP. XIV. ru
décider s’il fit bien ou mal, & si ses raisons étoient bonnes ou mauvaises, je me con-tente de dire qu’il n’est pas probable qu’elles fussent mauvaises, comme il n’est pas pro-bable qu’Amilcar Barcas eût laissé échaper l'occasion de sauver son convoi, s’il lui eûtété possible de le faire.
CHAPITRE XIV.
Traité de faix entre Rome & Carthage. Réflexions fur cette guerre'.Sort des deux Etats après la conclusion de la paix.
A Carthage on fut fort surpris quand la nouvelle y vint que Han-non avoít été battu. Si pour avoir fa revanche., il n’eût fallu quedu courage & une forte passion de l’emporter fur les Romains, on étoitautant que jamais disposé à la guerre. Mais on ne favoit comment s’yprendre. Les ennemis étant maîtres de la mer, on ne pouvoit envoierde secours à l’armée de Sicile : dans l’impuiíïànce où l'on fe voioit de lasecourir, on étoit forcé de la livrer, pour ainsi dire, & de l’abandon-ner. II ne restoit plus ni troupes, ni Chefs pour les conduire. Enfin onenvoia promtement à Amilcar, Sc l’on remit tout en íà disposition. Ce-lui-ci se conduisit en sage & prudent Capitaine. Tant qu’il vit quelquelueur d’elpérance, tout ce que la bravoure & l’intrépidité pouvoient fai-re entreprendre, il l’entreprit: il tenta, autant que Général ait jamaisfait, tous les moiens d’avoir raison de ses ennemis. Mais voiant les af-faires désespérées, & qu’il n’y avoit plus de ressources, il ne pensa plusqu’à sauver ceux qui lui étoient soumis ; prudent & éclairé, il céda auxconjonctures présentes, & dépêcha des Ambassadeurs pour traiter d’al-liance & de paix. Car un Général ne porte à juste titre ce beau nom,qu’autant qu’il connoît également, & le tems de vaincre, & celui derenoncer à la victoire. Lutatius ne se fit pas beaucoup prier, il favoittrop bien à quelle extrémité il étoit lui-même réduit, & combien cetteguerre étoit onéreuse au peuple Romain. Elle fut donc terminée cetteguerre à ces conditions : Que fous le bon plaisir du peuple Romain, ily auroit alliance entre lui & les Carthaginois, pourvu que ceux-ci se re-tirassent de toute la Sicile ; Qu’ils n’euísent point de guerre avec Hié-r°n ; Qu’ils ne priísent point les armes contre les Syracusains, ni con-tre leurs alliez j Qu’ils rendissent aux Romains fans rançon tous les pri-sonniers qu'ils avoient faits fur cux> Qu’ils paiaísent aux Romains pen-sant vingt ans deux mille deux cens taíens Eubéens d’argent. Ce traitélìe fut pas d’abord accepté à Rome; on envoia fur les lieux dix person-nes pour éxammer les affaires de plus près. Ceux-ci ne changèrent rien
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