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Tome I.
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210 HISTOIRE DE POLYBE,

,, pes en bataille, & les Histoires de la vie d’Alexandre: car il peníòit qu’il falloit totl-„ jours rapporter les paroles aux actions, & ne lire que pour apprendre à agir; à moins,, qu’on ne veuille lire seulement pour passer le tems, & pour se former à un babil in-„ fructueux & inutile. Quand il avoir lû les préceptes & les régies des tactiques, il ne,, saisoit nul cas d’en voir les démonstrations par des plans fur des planches, mais il en„ saisoit l’application sur les lieux mêmes & en pleine campagne. Car dans les marches il„ observoit éxactement la position des lieux hauts & des lieux bas, toutes les coupures,, & les irrégularités du terrain, & toutes les différentes formes & figures que les batail-,, Ions & escadrons font obligez de subir à cause des ruisseaux, des ravins & des défi-„ lez qui les forcent de se resserrer ou de s’étendre ; & après avoir médité fur cela en lui-„ même, il en communiquoit avec ceux qui l’accompagnoient. En général il paraît,, que Philopcemen avoir une inclination trop forte pour les armes, qu’il embrassoit la„ guerre comme une profession qui donnoit plus d’étendue à la vertu ; & en un mot,, qu’il méprisoit ceux qui ne s’appliquoient pas à ce métier, comme gens oiseux &inu-„ tiles.

C’est en abrégé les préceptes lés plus excelleras qu’on saurait donner à un Prince,à unGénéral d’armée, & à tout Officier qui veut parvenir & monter aux grades les pluséminens de la milice. Cette méthode est unique, & rend, comme dit fort judicieu-sement le Traducteur, la pratique des préceptes bien plus aisée dans l’occasion, que devoir les plans fur des planches. Plutarque accuse & blâme même Philopcemen d’a-voir porté la paillon de la guerre au-delà des bornes raisonnables. M. Dacier ne man-que pas de lui applaudir. L’un & l’autre jugent très-peu équitablement de ce grandCapitaine, fans savoir trop bien ce qu’ils disent: comme si la science de la guerre n’é-toit pas immense, qu’elle ne renfermât pas presque toutes les autres dans son tourbillon,& que pour en acquérir la connoissance il ne fallût pas une application longue & péni-ble. Plutarque n’étoit pas guerrier, son Traducteur encore moins : ni l’un ni l’autren’apris garde que Philopcemen étoit savant comme la plupart des grands Capitaines, &qu’il s’attachoit à l’étude de la Philosophie & de l’Histoire, si nécessaire aux gens deguerre : pourquoi trouver mauvais qu’un homme s’applique & se livre entièrement àl’étude des sciences qui ont rapport à fa profession? Celle des armes n’est pas feulementla plus noble, elle est encore la plus étendue & la plus profonde, & par conséquent el-le éxige une plus grande application ; ce que fait ce grand Capitaine pour se former lecoup d’œil, est une chose très-nécessaire & très-importante pour le commandement derarmées, de là dépend le salut & la gloire d’un Etat.

On ne peut douter que la tactique, ou l’art de mettre les armées en bataille , de lescamper & de les faire combattre, ne soit tout à sait roiale. Quelle raison avoit Anni-bal de mettre Pyrrhus, Roi des Epirotes devant Scipion, & immédiatement après Ale-xandre, quoique celui-ci ne fût pas si habile? 11 n’en eut fans doute point d’autre , si-non que le premier avoit excellé pardessus tous dans cette grande partie de la guerre,quoique Scipion ne lui cédât pas fur ce point, comme il le fit voir à Zama. Annibaly fut-il moins éxercé que les deux autres ? Philopcemen voioit que l’étude de la tacti-que & les principes d’Evangelus ne lui serviraient de rien, s’il n’yjoignoit lecoupd’cedsi nécessaire au Général d’armée: fa méthode nous a toujours plu, & nousl’avonstou-jours pratiquée dans nos volages comme dans l’armée.