LIVRE I. CHAP. XIV.
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§. III.
Qu'il ne faut pas attendre l’occajton de la guerre pour fi former le coup d'oeil , tpu'onpeut l’apprendre & /’acquérir par l'éxercice de la chajfe. Eloge de Machiavel.
I L y a plusieurs choses nécessaires pour parvenir à cette connoissance, une très-gran-de application à son métier, c’est là la base; on prend ensuite une méthode : quoi-que celle du Capitaine Grec soit bonne, nous croions avoir beaucoup enchéri, ou dumoins trouvé ce que l’Auteur Grec a négligé de nous apprendre plus particulièrement.L’on ne fait pas toujours la guerre. Il ne faut pas s’imaginer non plus qu’on puisse s’ytendre habile par la feule expérience, fur laquelle la capacité de la plus grande partie desgens de guerre est fondée aujourd’hui; elle ne fait que perfectionner, & ne sert presquede rien, si l’on ne joint l’étude des principes: car la guerre étant une science, elle Rap-prend comme toutes les autres ou l’on ne sauroit se rendre habile, si l’on n’y commen-ce par l’étude de ces principes. Deux siécles de guerre perpétuelle suffiroient à peinepour nous conduire par l’expérience des faits ; il faut la laisser en propre aux âmes ordi-naires, & fournir aux grands Capitaines des moiens plus courts pour monter à la gloirefans la devoir à la capacité des autres, qu’on ne rencontre pas toujours. Il est donc né-cessaire d’étudier la guerre avant que de penser à la faire, & de s’appliquer toujours &fans cesse lorsqu’on la fait.
J’ai dit plus haut qu’on ne fait pas toujours la guerre, j'ajoute encore que les arméesne font pas toujours assemblées & en mouvement : l’on est au moins six mois dans lerepos d’un quartier d’hiver, & six mois ne suffisent pas pour nous former le coupd’œilpour la guerre. II est vrai qu’on l’apprend beaucoup plus dans les marches, dans lesfourrages, & dans les différens camps & les divers postes où les armées campent ; lesidées font plus nettes alors pour juger & réfléchir fur ly pais que l’on voit, & les pra-tiques que l’on observe ; mais cela n’empêche pas que, par le secours de l’eíprit & del’imagination, on ne puisse en faire usage ailleurs que dans les armées, & qu’on ne s’af-fine le jugement & la vue à la chasse , ou en voiageant. J’en puis parler par l’expé-rience que j’en ai faite.
Rien ne contribue davantage à nous former le coup d’ceil que l’éxercice de la chasse ;car outre qu’il nous met au fait du pais & de ses différentes sortes de situations, quifont infinies, & jamais les mimes, on apprend encore dans ce bel éxercice mille ruses& mille choses qui ont rapport à la guerre : mais la principale est la connoissance desneux qui nous forme le coup d’œil, fans que nous y prenions garde ; & si l’on s’éxer-Ce a cette intention, pour peu de réfléxions qu’on y ajoute, on pourra acquérir la plus8 r ande & la plus importante des qualitez d’un Général d’armée. Le grand Cyrus eutJt'oins son plaisir en vûe, en se livrant tout entier à la chasse pendant fa jeunesse, que, dessein de se rendre propre pour la guerre, & pour la conduite des armées. Xeno-P n ° n , qui a décrit fa vie, ne nous laisse aucun doute là-dessus. Il dit que ce grandfomme^allant faire la guerre au Roi d’Arménie, raisonnoit sur cette expédition commeS il se fut agi d’une partie de chasse entreprise dans un païs de montagnes. Ils’expliquoitai nsi a Chryíànte, un de ses Officiers Généraux, qu’il envoioit dans les endroits lesPlus âpres, & dans les vallées les plus difficiles, pour en gagner les entrées & les issues,k couper la retraite à ses ennemis. „ Imagine-toi que c'est une chasse que nous allons" faire, & que tu as la charge de demeurer aux toiles, tandis que je battrai la campa-’» gne. Sur tout, souviens-toi qu’il ne faut point commencer la chasse que les passa-" B es ne soient occupez, & que ceux qui sont en embuscade ne doivent pas être vus,
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