*1* HISTOIRE DE POLYBE,
„ pour ne pas effaroucher le gibier. . . . G,arde-toi de t’engager dans le fort du bois,
„ dont tu aurois peine à te retirer, & commande à tes guides, qu’à moins d’abréger„ extrêmement le chemin, ils te conduisent toujours par les routes les plus faciles : car„ en fait d’arméë, le plus beau chemin est toujours- le plus court.
Que Xenophon ait romanifé cette Histoire de Cy rus pour nous donner un abrégé descience militaire traité historiquement, peu nous importe, fi tout ce qui a rapport àcette science est vrai & solide. Il veut nous faire connoître que la chasse nous méne àbien des connoissances ; que c'est un éxercice honnête, & très-nécessaire à ceux quifont nez pour commander comme pour obéir, parce qu’elle nous rend plus propres àsoutenir les fatigues de la guerre, fortifie le tempérament, & forme le coup d’œil : carune connoissance éxacte d'une certaine étendue de païs nous facilite celle des autres, pourpeu qu’on les voie. Il ne fe peut q u'ils n’aient quelque conformité entr’eux , quoi-qu’ils soient tous dissérens, er la parfaite connaissance de l’un nom conduit a celle de l'au-tre , dit Machiavel dans ses Discours politiques. Au contraire , ceux qui ne sont pointformez, d- cette habitude , ont beaucoup de peine ay parvenir: au lieu que les autres d'uncoup d'œil apperçoivent l’étendue dune plaine , /’ élévation d’une montagne, la grandeur &l’aboutissement d'une vallée , (f toutes les circonstances des différentes natures du terrain ,aufquelles ils fe font formez, autrefois par beaucoup d’expérience & d’étude. Je ne pensepas qu’aucun Auteur ait traité cette matière que celui que je viens de citer ; le reste estexcellent : je vais le copier.
Rien neflplus vrai, continue-t-il, que ce que f avance ici : s'il en faut croire Tite-Live , gr /’exemple qu il nous met devant les yeux de la personne de Publius Décius , quiétant Tribun dans l'armée commandée par le Consul Cornélius contre les Samnites , il ar-riva que ce Général fe laiffd pouffer dans un vallon ou Vennemi auroit pu le renfer-mer dans cette extrémité Décius dit au Consul , voiez-vous cette éminence qui com-mande les ennemis ? c’est un poste qui doit servir à nous tirer d’assaire, si nous ne per-dons pas un seul moment pour nous en rendre maîtres, puisque les Samnites ont eul’aveuglement de l’abandonner. Et avant que Décius eût parlé de cette forte au Consul,Tite-Live dit que Décius avoit appercû au travers des bois une colline qui commandoitle camp de l'ennemi; qu'elle étoit assez escarpée & de difficile accès, pour des troupespesamment armées ; mais qu’elle étoit aisée pour des soldats armez à la légére. One kConsul commanda au Tribun de s'en rendre maître, avec trois mille hommes qu il Iwdonna , ce quaiant heureusement exécuté , toute l'armée fe sauva pour fe mettre auffcn lieu de sûreté, avec les troupes qu il commandoit ; ordonna à quelques gens de lesuivre, pendant qu'il y avoit encore un reste de lumière, afin de découvrir les en-droits gardez par 1 ennemi, & ceux par où l’on pouvoit faire retraite ; & il alla àla découverte habillé comme un simple soldat, afin que les Samnites ne s’apperçûs-íènt pas que c’etoit un des Officiers Généraux qui battoir l’estrade.
Si l’on fait réflexion fur tout ce que Tite-Live dit ici, continue Machiavel , l’ û>tverra combien il efl nécessaire a un bon Capitaine de savoir juger de la nature d’#*païs : car fi Décius n eût pas eu cette connoijfance , il n’auroit pû savoir combien il e 'toit avantageux aux Romains de s'emparer de cette hauteur , fl il n auroit pû voir dsloin fi elle étoit de facile ou de difficile acces : quand ensuite il en fut le maître , &qu'il étoit quefiion d’aller rejoindre le Consul , il n auroit pû non plus découvrir de loin l £Spofies que l’ennemi gardoit , Cs ceux par ou ils pouvaient faire retraite. II falloit dotiCabfilument que Décius fût fort intelligent dans ces fortes de choses ; car avec cette con-naissance ìl sauva l'armée Romaine en s’emparant de cette hauteur, & ensuite il trouvé ^Ttioien de fe délivrer des ennemis qui /’ environnaient dans ce pofie.
U y a très-peu de gens de guerre capables de tirer d’un fait historique les observations
qu’on