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Tome I.
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LIVRE I. CHAP. XIV. LLZ

qu’on vient de lire dans ce passage de Machiavel, c’est tout ce que pourroit faire l’hom-me le plus consommé dans le métier des armes. Je n’en fuis nullement surpris,une étu-de profonde & réfléchie de l’Histoire nous méne nécessairement à une infinité de con-noiílances qui nous mettent en état de juger sainement & solidement de tout. L 1 étudede la politique, dont l’Histoire est le fondement, est un puissant moien pour nous per-fectionner l'esprit & le jugement. Les Discours politiques & militaires de cet Auteurfur les Décades de Tite-Live, font un ouvrage immortel: je le trouve digne de la cu-riosité des gens de guerre, & d’en être bien lu & bien médité. Sa vie de Castrucio,un des plus grands Capitaines de son siécle, quoique peu connu, n’est pas moins ad-mirable : elle est toute ornée de faits curieux, très-instructifs, & pleins de réflexions& d’observations militaires que peu de gens savent faire, tant cet homme avoir le génietourné au métier ; hors un livre de guerre de fa façon qui ne lui fait pas beaucoup d'hon-neur , quoiqu’il ait pillé Végéce, qu’il a très-mal travesti, il .est admirable en tout.II s’étoit trouvé dans un tems où l'Italie étoit agitée de tant de troubles & de guer-res intestines & étrangères , qu’il ne faut pas être surpris qu’un homme d’efprit &de jugement, savant d’ailleurs, ait été capable d’un si bel ouvrage; car comme il fetrouvoit fur les lieux, il étoit en état d’avoir d’excellens mémoires, & de consulter lesOfficiers qui s’étoient trouvez dans ces guerres.

§. IV.

Le coup d'œil réduit en principes & en méthode.

U N Général qui est à la tête d'une armée doit penser, méditer sans cesse &perpétuellement, soit dans son camp, soit dans sa marche, voir tout par sesyeux, s’il lui est possible, & jamais par ceux d’autrui : il n’y en a pas, dit-on, deMeilleurs que ceux du maître. En effet il est presque impossible à un Général d’arméede bien régler l’état de la guerre , & de juger des desseins de son ennemi, non plus quedes siens propres, s’il n’est parfaitement instruit du païs où il fait la guerre : tout Chefd’armée qui néglige une chose si importante, ne mérite point le nom de Général. Lessoldats & les Officiers de son armée font dispensez de ce soin ; mais ceux de ces derniersqui veulent avancer dans la science des armes, & qui veulent pousser au loin leur for-tune , ne le sont pas. Ceci ne regarde pas moins les grands Seigneurs, dont le nom faitsouvent tout le mérite, & leur donne le droit de nous commander, que ceux qui seI acquièrent uniquement par leur application & par leur courage : ceux - ci comme lesoutres, qui veulent ajouter à leurs titres les vertus & les quasitez qui peuvent les rendrecapables de la conduite des armées, doivent nécessairement s’attacher à fe former le coupd œil pour la guerre : c’est là le premier principe du Général, il n’est pas moins celuide l’Officier particulier; c’est le seul peut-être de la science des armes, qui demande laplus grande pratique, & le seul encore qui nous méne au grand de la guerre très-facile-ntent : il nous conduit à tout.

Pour avancer & se former dans cette connoissance, il faut que notre imagination tra-vaille constamment, à la guerre, à la chasse, dans nos volages, ou dans nos promena-des à pied ou à cheval. Dès qu’on est arrivé dans un camp, on doit éxaminer, en repos& dans fa tente, la carte du païs où l’on est, & le poste que l’on occupe avec beaucoupd’attention; considérer auffi où l’ennemi est campé, si l’une ou l’autre des deux arméescouvre ses places; si la signe de communication est bien observée pour la suivre, & cou-* er sor la mime parallèle selon les mouvemens que chacun peut faire, & si l’ un peut feai sir d’un poste important plutôt que l’autre; si les deux armées sont assurées à leurs ai-les,