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Tome I.
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j.î.4 HISTOIRE DE POLYBE,

les, & à quoi; si l’une peut entreprendre fur l’autre, le chemin qu’elle a à faire ; lesobstacles qu’elle peut rencontrer dans fa marche, le tems qu’il lui faut pour venir a nous,ou à nous pour aller à elle; d’où chacune tire sis vivres ; si nous pouvons intercepterses convois, ou si elle peut nous couper les nôtres ; si nous faisons tels & tels mouve-mens fur notre droite, ou fur notre gauche, ou est-ce que cela nous mènera ; où est-ce que nous irons nous-mêmes, si l’ennemi s’en avise plutôt que nous, ou s’il remueson camp d’une toute autre façon. Rien de plus instructif que cela, & rien qui for-me davantage l’esprit & le jugement: c’est la logique militaire, au moins le commence-ment. C’est ainsi qu’on médite d’abord fur la carte, mais véritablement fur une idéefort confuse; car la carte n est autre chose que l’idée d’un pais: il s’en faut bien qu’onpuisse raisonner dessus avec quelque certitude.

On forme un projet de campagne dans le cabinet, soit d’ossensive, soit de défensive;on consulte la carte, c’est presque toujours l'oracle où l’on a recours : il feroit tropdangereux de s’informer des gens qui ont une grande connoissance des lieux, cela leuríèroit bientôt connoître les desseins que l’on a en tête; on ne va donc qu’au gros deschoses, le Général fe réservant d’agir ensuite selon la nature du pais où l’on s’est déter-miné de porter la guerre. Cela me semble peu sûr & fort abrégé pour un projet decampagne qui n’est pas de petite importance, on ne se conduit pas ainsi dans les conseilslorsqu’on trouve des Généraux, comme M. de Turenne, M. le Prince, le Maréchalde Luxembourg, qui raisonnoient & établissoient l’état de la guerre fur la connoissancequ’ils avoient du pais : un projet qui sort de telles mains, sort tout parfait, comme jecrois qu’il le feroit encore pour la Flandre, si M. de Puysegur l’avoit enfanté.

Un Officier particulier qui n’est pas initié dans les mistéres, & qui ne médite quepour s’instruire aux grandes parties de la guerre, & se former le coup d’œil , n’a passeulement l’avantage de raisonner sur la carte, comme on fait à la Cour; mais il en aun beaucoup plus grand, qui est d’être furies lieux, & de voir même plus librement,& de pousser plus loin fa curiosité que ne peut faire son Général ; car rien ne l’empê-che de courir le parti fur l’ennemi : ce que l’autre ne sautoir faire. Il peut aller où illui plaît pour reconnoître le pais, & raisonner à la vue des objets, après l’avoir fait futla carte du païs; car c’est la première chose que l’on doit faire : par là. on ne laisse pasque de s’en former une idée qui nous aide beaucoup , lorsqu’après cet éxamen l’on fetransporte sur les lieux, où l’armée est bien établie.

On doit d’abord commencer par bien reconnoître la position du camp, & tout Uterrain que l'armée occupe, ses avantages & ses défauts : on passe de là au champ de ba-taille , on le parcourt en gros, ensuite on l’éxamine en détail & par parties : on observed’abord si les ailes font appuiées ; si c’est un ruisseau, on en éxamine les bords & lefond, s’il est bon ou mauvais, s’il est guéable par tout, ou en certains endroits feule-ment. S’il l’est, on doit juger alors que c’est un mauvais appui; que l’ennemi peutpro*fiter de cet avantage, & gagner le flanc ou les derrières de cette aile par un détour. Onobserve alors le terrain qui est en delà, s’il est couvert, ou s’il est ras & pelé, s’il y 3des hauteurs qui commandent au camp, & s’il est nécessaire de s’y établir pour se cou-vrir de ce côté, ou si on peut s’en prévaloir contre l’ennemi. Si c’est un marais qu»couvre cette aile, on doit éxaminer si le fond est de bonne tenue, on doit le sonder,& s’informer des gens du païs, si l'on peut faire regonfler les eaux, pour le rendremoins praticable. On écrit tout ce qu’on remarque pour y méditer à loisir, & en tirerles conséquences par l’inspection du terrain.

On passera de là à la gauche: si elle se trouve fermée par un village, il en fera ^tour pour le reconnoître avec toute l’éxactitude militaire ; il éxaminera les maisons qu‘Je bordent, si elles sont bonnes, ou de bois & de chaume; s’il y en a qui en soient e-

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