PREFACE. i x
la méthode des Anciens, comme on le voit dans Plutarque: on a cou-tume de dire, & l’on n’en a que trop de raison, que les Images fontles Livres des ignorans. Les Historiens, je me borne à ceux-ci qui semêlent d’en enrichir leurs Ouvrages, devroient donc se faire une espè-ce de religion de n’en mettre que de véritables. S’apperçoit-on, danspresque tous les Livres qui en font ornez, que ces Plans ou ces Figu-res soient vraies? La plupart de celles dont ces Auteurs nous régalent,font des rêveries tirées de leurs cerveaux, soit manque d’attention auxdifférens textes qu’ils consultent où ces faits sont marquez , soit fauted’un certain génie propre à ces sortes de découvertes, soit par défautd’expérience ou par ignorance; il faut bien que tout ceci y entre, otidu moins une bonne partie. Quoiqu’il en soit, il est constant qu’ilstrompent par là les personnes les moins propres à se garantir de l’er-reur ; parce qu’ils réexaminent pas mieux les actions qu’ils lisent quel’Historien qui nous les raconte, aussi ignorant qu’eux à cet égard-là.Les Savans y sont trompez comme les autres, si ces Figures représen-tent des combats ou des batailles: car tous ne sont pas du métier pouren juger. II s’en trouve pourtant qui fans en être s’apperçoivent fortbien de ces sottises, & n’ont garde de les regarder comme des piècesauthentiques. Ceux-ci sont en fort petit nombre, mais les dupes sonten foule.
Les Estampes des batailles & des machines de guerre des Anciensdans la nouvelle Histoire Romaine, sont-ellcs bien sincères ? Appro-chent-elles du vrai? J’avoue que l’Auteur ne les a pas tirées de fa tête,mais prises par-ci par-là dans plusieurs Ouvrages la plupart Italiens.Mais à quoi pense-t-on de nous donner gravement les imaginations ri-dicules de ces sortes de Savans ? Reconnoît-on Polybe & Tite-Live lui-même dans l’Estampe que l’on donne là de la bataille de Cannes? Est-elle conforme au narré de ces deux Auteurs ? Peut-on s’empêcher de ri-re, en voiant la cavalerie des deux ordres partagée à chaque aile furquatre colonnes d’une profondeur immense ? j amais les Romains ni lesCarthaginois, ni aucune nation du monde ne combattit ni ne se rangeade la sorte à la cavalerie, mais par escadrons. Lipse, il est vrai, &tous ceux qui le suivent en queue, ont suivi cette ridicule façon de ran-ger la cavalerie. De grâce qu’on me fasse voir l’Auteur où ils l’ont pui-sée. Lipse sur cet article, & dans presque tout son <Pol'iorcettcon , estun Auteur dont on ne peut trop se défier. Hugo Gromaticus est l’origi-nal de toutes ces méprises. A-t-on pris garde à l’infanterie, qui faisoitle centre dans cette bataille? Je ne vois rien de plus plaisant que le grandchemin qu’on laiíse entre les deux corps, comme pour épargner auxdomains la peine de se faire un pastâge au centre des Carthaginois.
A ces ordres de batailles que je donne selon la description que monAuteur en fait, j’en oppose d’autres selon mon Système, dont je don-ne ses Plans, & des exemples parallèles anciens & modernes.
Ton. L b
Lors-