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Tome I.
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y I E D E P O L Y B H. xlf

regarda les Originaux comme inutiles, & l’on ne se donna plus la peine de les co-pier.

Quel dommage cependant qu’une Histoire comme celle de Polybe soit perdue ! Ja-mais Historien ne s’est plus étudié à se mettre au fait de ce qu’il devoir rapporter. Ilne pouvoir souffrir ces relations, qui après avoir paffé de bouche en bouche, ne s’écri-voient que longtems après les événemens. 11 n’écrivoit que ceux dont il avoir été té-moin oculaire, ou qu’il avoir appris de ceux qui l’avoient été. Pour ne pas se trom-per dans la description des lieux, chose très-importante dans le récit militaire d’une at-taque, d’un siège, d’une bataille ou d’une marche, il s’y étoit transporté lui-même, &avoir fait dans cette feule vue une infinité de voiages. La vérité étoit son unique étu-de. C’est de lui que l’on tient cette maxime célébré, que la vérité est à l’Histoire, ce Polyb.que les yeux sont aux animaux; que comme ceux-ci ne sont d’aucun usage dès qu’on L Iïr *leur a crevé les yeux, de même l’Histoire sans la vérité n’est qu’une narration inutile & p ' 193 ‘infructueuse. On le voit selon les occasions blâmer ses amis fans ménagement, & fairede grands éloges de ses ennemis. Quoiqu’il eût des obligations aux Romains , on nes’apperçoit pas qu’il les flate beaucoup. Quelquefois à la vérité il se contente de racon-ter une action injuste, sans s’arrêter à en éxaminer l’injustice, comme par éxemple l’in-vasion de la Sardaigne ; mais en récompense il expose souvent au grand jour toute la fi-nesse & tout l’artifice de la politique Romaine. Et comment eut-il trahi la vérité enfaveur des Romains, lui qui sacrifie à la vérité la réputation de son propre père ? On T. II.ne sait que par lui l'imprudence qu’eut Lycortas de renouveller un Traité d’alliance a- ?- 1 l8ï -Vec Ptolémée Epiphanés, íàns faire distinction des différentes alliances dont on avoir dé- ^ Pec *'ja traité avec ce Prince.

Mais quelque vraie que fût cette Histoire, on peut dire que ce qu’il y a de moins àregréter, ce font les faits. Car enfin Ion trouve, à quelque chose près, ces mêmesfaits dans les autres Historiens ; & s’il manque dans ceux-ci quelques circonstances quele nôtre avoir fans doute plus dévelopées, ce n’est peut-être pas une perte dont on nedoive pas se consoler. Mais quelles régies de politique ne fourniffoit pas un homme,qui, naturellement porté au bien public , en avoir fait toute son étude , qui pendanttant d’années s’étoit trouvé dans les plus grandes affaires, qui avoir gouverné lui-même,

& du gouvernement duquel on avoir été fi satisfait ! Quelle foule d’instructions pour lespersonnes destinées à commander les armées, que le détail, où cet Historien entre, furles actions militaires, détail non seulement historique , mais accompagné de réfléxionssolides fur ce que dévoient faire ou éviter ceux qui étoient chargez de les conduire ! LesGéographes ont bien raison de partager avec les Politiques & les Généraux d’armées ladouleur de cette perte. Si l’on doit juger de ce que nous n'avons pas par ce qui nous■reste, les descriptions que Polybe faisoit des pais ou des villes qu’il avoir vues, étoientdes morceaux d'un prix inestimable , & qu’aucun Historien n’a remplacez. Pour lesmœurs, outre les leçons qu’un Lecteur judicieux doit de lui-même tirer des faits &des éxemples , il est peu d’endroits dans ce sage Historien , où l’on ne trouvede quoi s’aider à combattre le vice , & à acquérir les vertus qui forment l’honnêtehomme.

On lui reproche ses digressions , qui sont fréquentes, & souvent fort longues.

Eour moi je les lui passe en faveur de futilité qu’il a eu en vue qu’on en tirât. En ef-fet fur quoi roulent-elles ces digressions ? Ici l’on éxamine comment une Républiques ’est formée, & par quels moiens elle est parvenue au dégré de puissance où on la voit.

Là on traite des connoissances dont doit être pourvû tout homme qui est honoré ducommandement des armées. Dans un autre endroit on recherche pourquoi les légionsRomaines l’ont emporté fur la phalange des Macédoniens, qui avoit toujours passé pour

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